Amanda LaFleur - Linguiste à l'université de Baton Rouge, Nouvelle Orléans, Etats-Unis
Amanda LaFleur est membre d'un groupe de linguistes qui travaillent ensemble depuis dix ans à la rédaction d'un dictionnaire franco-cajun.
Comment est né ce projet ?
Un dictionnaire franco-créole avait été publié dès 1987 par un linguiste spécialisé. Il avait envoyé quelques étudiants à Lafayette faire une enquête pour savoir ce qui restait du créole en Louisiane. Il avait alors découvert que le créole existait toujours. A partir de 1998, nous avons voulu combler à notre tour une lacune en élaborant un dictionnaire fondé sur ce français particulier parlé en Acadiana (pays cajun).
[…]
Qu'est-ce que la langue créole ?
Dès le début, le mot créole pose problème en Louisiane. Il y a la définition en terme ethnique et la définition en terme linguistique. Dans le sud-ouest dela Louisiane , les Créoles sont typiquement des Créoles de couleur, c'est-à-dire des gens d'origine africaine et européenne qui parlent français ou qui ont des ancêtres qui parlaient français. Quand ces gens-là parlent français, ils vont dire qu'ils parlent créole. Eux-mêmes se considèrent créoles même si leur parler ne se distingue pas du parler cadien de la même région.
Comment transcrire et traduire le cajun (une langue orale évoluée) en une forme écrite et standardisée ?
Tous les linguistes sont d'accord pour suivre l'orthographe du français parce que nous ne voulons pas que l'apprentissage de cette langue limite les gens. Si nous offrons aux « apprenants » une orthographe qui peut leur servir ailleurs, tant mieux. C'est assez proche. On peut représenter la vaste majorité des mots en français cadien en orthographe française.
N'y a t-il pas un risque de fossilisation en fixant une langue dans un dictionnaire alors qu'elle continue à évoluer puisque les locuteurs sont toujours là ?
Je suis d'accord, mais si nous considérons que le français en Louisiane est en voie de disparaître, nous préférons fixer la langue plutôt que de la perdre. Nous voulons documenter cette langue « pour que les jeunes qui l'apprennent peuvent accéder au parlé des vieux » (« pour qu'ils peuvent » = subjonctif cajun )
La plupart des francophones de ma génération aujourd'hui sont des semi-locuteurs. Ils vont pouvoir communiquer avec les touristes, mais ils ne pourront pas alimenter une conversation avec beaucoup de détails sur des thèmes particuliers. Donc il faut aller chercher les mots qui ont été perdus et les remettre dans la langue.[…]
Nous avons rencontré des gens charnellement attachés à cette langue, comme si elle pouvait résumer à elle seule toute la culture cadienne. Pensez-vous qu'un nouvel intérêt lui soit porté aujourd'hui ?
J'ai l'impression que oui. Un premier renouveau s'est fait sentir en 1970 et je suis bien contente d'en voir un deuxième grâce aux programmes d'immersion qui ont consacré la culture francophone et grâce à cette génération qui n'a plus honte comme les parents d'apprendre le français qu'ils pratiquent. Est-ce qu'ils vont se perfectionner dans cette langue qui fait partie de leur patrimoine ?
L'avenir nous le dira.
Comment est né ce projet ?
Un dictionnaire franco-créole avait été publié dès 1987 par un linguiste spécialisé. Il avait envoyé quelques étudiants à Lafayette faire une enquête pour savoir ce qui restait du créole en Louisiane. Il avait alors découvert que le créole existait toujours. A partir de 1998, nous avons voulu combler à notre tour une lacune en élaborant un dictionnaire fondé sur ce français particulier parlé en Acadiana (pays cajun).
[…]
Qu'est-ce que la langue créole ?
Dès le début, le mot créole pose problème en Louisiane. Il y a la définition en terme ethnique et la définition en terme linguistique. Dans le sud-ouest de
Comment transcrire et traduire le cajun (une langue orale évoluée) en une forme écrite et standardisée ?
Tous les linguistes sont d'accord pour suivre l'orthographe du français parce que nous ne voulons pas que l'apprentissage de cette langue limite les gens. Si nous offrons aux « apprenants » une orthographe qui peut leur servir ailleurs, tant mieux. C'est assez proche. On peut représenter la vaste majorité des mots en français cadien en orthographe française.
N'y a t-il pas un risque de fossilisation en fixant une langue dans un dictionnaire alors qu'elle continue à évoluer puisque les locuteurs sont toujours là ?
Je suis d'accord, mais si nous considérons que le français en Louisiane est en voie de disparaître, nous préférons fixer la langue plutôt que de la perdre. Nous voulons documenter cette langue « pour que les jeunes qui l'apprennent peuvent accéder au parlé des vieux » (« pour qu'ils peuvent » = subjonctif cajun )
La plupart des francophones de ma génération aujourd'hui sont des semi-locuteurs. Ils vont pouvoir communiquer avec les touristes, mais ils ne pourront pas alimenter une conversation avec beaucoup de détails sur des thèmes particuliers. Donc il faut aller chercher les mots qui ont été perdus et les remettre dans la langue.[…]
Nous avons rencontré des gens charnellement attachés à cette langue, comme si elle pouvait résumer à elle seule toute la culture cadienne. Pensez-vous qu'un nouvel intérêt lui soit porté aujourd'hui ?
J'ai l'impression que oui. Un premier renouveau s'est fait sentir en 1970 et je suis bien contente d'en voir un deuxième grâce aux programmes d'immersion qui ont consacré la culture francophone et grâce à cette génération qui n'a plus honte comme les parents d'apprendre le français qu'ils pratiquent. Est-ce qu'ils vont se perfectionner dans cette langue qui fait partie de leur patrimoine ?
L'avenir nous le dira.













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