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Portraits de femmes

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Ann - mannequin à Bangkok, Thaïlande

Ann - mannequin à Bangkok, Thaïlande

Ses mensurations font d'elle une Barbie à la plastique parfaite. A couper le souffle. Dans le bar, Ann s'est assise en face de nous, bien droite, avec une charmante réserve. Naturelle dans sa robe simple et légère qui révèle son corps sculptural, son ossature fine. Et dévoile un peu ses jambes, très longues...

Elle refuse une cigarette et nous salue de sa voix étrangement grave : Ann est un homme. Un lady boy, une « femme du second type » comme on les appelle communément en Thaïlande. Tous les soirs, à minuit quinze, elle se produit sur la scène d'un cabaret de Silom, star d'un show de kathoeys (transsexuels) travestis très couru à Bangkok. Ann est né, a grandi dans la capitale. Et si toutes ses copines danseuses viennent, elles, de la province, leur histoire semble pourtant calquée sur le même modèle : celle d'un petit garçon qui ne s'est jamais senti viril, et qui veut plus que tout au monde devenir une fille.
 
Benjamine de la famille, Ann a fait son coming out vers 15 ans, en piquant jupes et robes dans les fringues de sa sœur cadette. Pour les parents, c'est l'incompréhension. Puis les querelles quotidiennes. Mais Ann tient bon, et prend même des hormones en vente libre sur les marchés, pour adoucir sa peau et faire pousser une petite poitrine.
 
De 19 à 21 ans, elle suit des études de publicité, qu'elle finance toute seule. « Ma famille n'avait pas beaucoup d'argent, explique-t-elle. Je suis allée dans les universités publiques. » Mais la crise frappe le pays, et Ann doit lâcher la fac pour gagner sa vie. Tout d'abord comme mannequin, « les kathoeys sont fréquemment utilisés pour défiler dans des habits que les femmes jugent trop osés. » Puis, elle se présente et remporte de nombreux concours de beauté pour kathoeys.
 
Ce n'est qu'à 23 ans qu'elle se fait poser des seins en silicone. Une opération à 45 000 Baths (environ 900 euros)! Aujourd'hui, Ann se sent psychologiquement prête pour l'ultime transformation : l'ablation de son pénis et la création d'un vagin artificiel. Mais elle n'a pas assez d'argent, « une opération de changement de sexe coûte entre 60 000 et 80 000B et j'ai à peine de quoi me refaire le nez. ». Et surtout, elle veut ménager sa famille... Alors, tous les jours, Ann repart au combat, contre une nature qui cherche toujours à reprendre le dessus. Condamnée à s'injecter une fois par semaine des hormones dans les fesses, les bras et les jambes pour empêcher ses muscles de gonfler, et sa moustache de pousser. Elle espère qu'après L'opération, ces travaux d'entretien ne seront plus qu'un mauvais souvenir.
 
Coquette, elle prend aussi un soin jaloux de sa silhouette, mange des substituts de repas, de la salade de papaye aux vertus diététiques  réputées chez les Thaïes au régime, et des produits pour lutter contre les graisses. Son secret de beauté ? Ann sourit, mutine : « Comme toutes les femmes, un soupçon de rouge à lèvres avant de sortir… » 
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