Avaler des couleuvres : supporter des affronts, des avanies, sans pouvoir se plaindre
"Le goût qu'il a pris pour elle", écrit Mme de Sévigné en 1676, "lui fait avaler toutes sortes de couleuvres". Le sens est alors plutôt "croire des choses mensongères, être berné". Or, couleur a précisément, du XVème au XVIIème siècle, le sens extrêmement courant de "raison spécieuse, fausse apparence qu'on donne à quelque chose". (il nous en reste sans couleur de). L'expression croise sans doute les sens métaphoriques de avaler (avaler un mensonge, puis un affront) et une expression comme bailler la couleur "tromper par de fausses apparences". En outre, couleuvre est au XVIème siècle, le symbole de ce qui est tortueux, sinueux, et ce sémantisme prédisposait le mot (comme tous les noms de serpents) à exprimer l'hypocrisie mensongère. A l'appui de l'hypothèse couleur > couleuvre, on rapprochera faire avaler toutes sortes de (des…) couleuvres de en faire voir de toutes les couleurs (qui n'est attesté qu'au XIXème). Cependant, dès le XVIIème, l'expression est comprise comme une métaphore de "avaler des serpents"; d'où les variantes : nourrir des couleuvres à qqn (Saint-Simon), faire avaler anguilles et couleuvres (J.-B. Rousseau) et le vers de Boileau (Satire X) "Résous-toi, pauvre époux, à vivre de couleuvres".
42commentaires