Imagine-t-on l'amphithéâtre René Descartes de la Sorbonne entièrement occupé par des artistes et des intellectuels noirs venus des Etats-Unis, d'Afrique, de Madagascar, des Caraïbes ou des Antilles ? De nos jours, il se peut...
Or, en 1956, ce Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, s'il n'était révolutionnaire, relevait pour le moins de la gageure - quand bien même l'affiche était-elle illustrée par une tête noire, dessinée par Picasso !
Initié par Alioune Diop sous l'égide de Présence Africaine, cette assemblée réunit, du 19 au 21 septembre, une soixantaine de délégués* originaires de vingt-quatre pays autour d'un objectif commun : dresser l'inventaire de la culture noire dans sa globalité mais aussi dans sa diversité.
Difficile de la mesurer aujourd'hui, mais l'importance de ce premier congrès fut considérable car il signifia la fin de la domination culturelle de l'Occident et la reconnaissance d'une véritable pensée propre au peuple noir.
Après de multiples débats, des soirées dans les cafés et clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés, les congressistes mirent sur pied la Société africaine de culture (SAC) avec pour mission « d'unir par des liens de solidarité et d'amitié les hommes de culture du monde noir, de contribuer à la création des conditions nécessaires à l'épanouissement de leurs propres cultures » et de « coopérer au développement et à l'assainissement de la culture universelle ».
En 1958, cette Société est reconnue par l'UNESCO et c'est elle qui organise à Rome, du 26 mars au 1er avril 1959, le Deuxième Congrès des écrivains et artistes noirs sur le thème de « l'unité des cultures négro-africaines ».
Un an plus tard, avec le début des indépendances africaines, certains de ces artistes ou écrivains vont poursuivre leur engagement intellectuel à un niveau politique. Nous pensons à Aimé Césaire ou Léopold Sedar Senghor
* Parmi eux : G. Sekoto (Afrique du Sud), P. Tchibamba (Afrique Equatoriale Française), Abbé Mario P. Andrade, M. Lima (Angola), P. Blackman, G.Lamming (Barbade), Tibério (Brésil), Pasteur T. Ekollo, François Sengat Kuo, F. Oyono (Cameroun), A.R. Bolamba (Congo Belge), Bernard Dadié (Côte d'Ivoire), W. Carbonel (Cuba), Paulin Joachim, P. Hazoumé (Dahomey), H.M. Bond, M. Cook, J.A. Davis, W., J. Ivy Fontaine, Richard Wright (Etats-Unis d'Amérique), P. Mathieu, Moune de Rivel (Guadeloupe), J. Alexis, R.P. Bisanthe, René Depestre, A. Mangones, E.C. Paul, R. Piquion, J. Price-Mars, E. Saint-Lot (Haiti), Cédric Dover (Inde), M. James, J. Holness (Jamaïque), Jacques Rabemanjara, F.Ranaivo (Madagascar), L. Achille, Aimé Césaire, Frantz Fanon, Edouard Glissant (Martinique), M. Dos Santos (Mozambique), B. Hama (Niger), B. Enwonwu, M. Lasebikan (Nigéria), Mamadou Dia, C.A. Diop, David Diop, Diop O. Socé, A. Seck, L.S. Senghor, Bachir Touré, Abdoulaye Wade (Sénégal), D. Nicol (Sierra Leone), Hâmpaté. Bâ, A. Wahal (Soudan), F. Agblemagnon (Togo).
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