Paulette Nardal
« Césaire et Senghor ont repris les idées que nous avons brandies et les ont exprimées avec beaucoup plus d'étincelle. Nous n'étions que des femmes. Nous avons balisé les pistes pour les hommes. »
Son père, Paul Nardal, féru de musique et de théâtre, fut le premier Noir martiniquais à bénéficier d'une bourse d'étude et devint, plus tard, le premier ingénieur de l'île.
Aînée de sept sœurs, Paulette Nardal, née en 1896, à François, allait devenir institutrice puis quitter sa terre natale pour la métropole en 1920 afin d'étudier l'anglais à la Sorbonne ; université dont elle fut ainsi la première étudiante noire martiniquaise.
Héritière de son père pour son goût des arts, elle court les expositions, les théâtres, les concerts, les sorties et conversations animées. Et, pour retrouver les couleurs de son île, dont elle a quelquefois la nostalgie, elle va au « Bal Nègre » de la rue Blomet, célèbre lieu de retrouvailles des Antillais et Africains de métropole mais aussi des surréalistes et artistes parisiens.
Mais, un appartement de Clamart, en banlieue parisienne, va permettre à des intellectuels et artistes antillais ou africains de se retrouver : celui de Paulette Nardal qui, diplômée d'anglais et devenue journaliste, s'est liée aux afro-américains vivant à Paris.
Là, tous les dimanches après-midi, Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Léon Gontran Damas, Jean Price-Mars, René Maran vont se retrouver en compagnie d'amis Noirs américains avec qui ils vont prôner un « internationalisme noir ».
De cette ambition et de leurs échanges, va naître la désormais célèbre « Revue du Monde Noir » (publiée en français et en anglais) fondée par Paulette Nardal, sa sœur Andrée et l'Haïtien Leo Sajous. Les trois pères de « la négritude » y feront en quelque sorte leur apprentissage de revuistes - aux côtés des Noirs américains Claude McKay, Langston Hughes ou d'occidentaux tel le grand ethnologue Leo Frobenius.
Faute de financement, la revue se saborde un an après sa naissance mais elle sera suivi par d'autres, notamment « L'étudiant Noir » où le concept de « négritude » trouvera sa consistance et sa résonance.
Paulette Nardal, par ses engagements, les liens qu'elle établit entre artistes Noirs d'Europe et d'Amérique, fait elle aussi parti des grands noms qui précédèrent celui d'Alioune Diop en tant que fédérateurs des revendications et créations des Noirs.
2commentaires