Alioune Diop
« Tout m'attirait en lui, son élégance naturelle, sa générosité, sa double culture, sa volonté patiente qui ne redoutait ni les obstacles ni les défis : être catholique bien que fils de lettré musulman, parler à des communautés séparées par les différences, l'inégalité et les discriminations. Nous avons discuté chaque soir et il fut mon instituteur. » Georges Balandier
Alioune Diop est né à Saint-Louis du Sénégal le 10 janvier 1910. Musulman, il fréquente l'école coranique tandis que ses tantes maternelles l'initient à la lecture de la Bible. En 1931, il est fait bachelier au Lycée Faidherbe et, boursier, il étudie les Lettres Classiques à Alger puis à Paris.
Professeur de lycée, il devient chargé de cours à l'Ecole coloniale et se voit ensuite nommé chef de cabinet du Gouverneur général de l'Afrique Occidentale Française. En 1946, sur une liste SFIO, il est élu sénateur de la IVe République. Durant son mandat il dépose plusieurs propositions de loi ou de résolution pour l'amélioration des conditions de vie outremer : création de cantines scolaires en AEF et AOF, création d'une institution nationale des invalides de la France d'outre-mer, instauration d'une garantie des droits fonciers des indigènes en AEF, AOF, Cameroun et Togo...
Deux ans plus tard, il abandonne toute responsabilité politique afin de se consacrer entièrement à « Présence Africaine » dont le premier numéro paraît au mois de novembre 1947.
En 1956, il organise à la Sorbonne Le Congrès des écrivains et des artistes noirs qui réunit les intellectuels noirs de nombreux pays, soutenus par des écrivains et artistes du monde entier (Picasso, Levi-Strauss …) militant pour l'émancipation des cultures africaines et en faveur de la décolonisation.
Avec Léopold Sédar Senghor, et pour « Prouver à l'univers la richesse, la vivacité et la variété des valeurs culturelles issues de la négritude », il crée Le Premier Festival Mondial des Arts Nègres en 1966 à Dakar, capitale d'un Sénégal désormais libéré du joug colonial. Parmi les intervenants : André Malraux, Aimé Césaire, Duke Ellington, Joséphine Baker, Langston Hughes, Michel Leiris…
A l'âge de 70 ans, le 2 mai 1980, Alioune Diop décède. Dans un vibrant hommage, Léopold Sédar Senghor le désigne tel un « Socrate noir », plus soucieux d'accoucher les autres que de produire une œuvre personnelle ambitieuse.
Depuis, Yandé Christiane Diop, sa veuve, a repris le flambeau de « Présence Africaine » avec Romuald Fonkoua comme Directeur de la publication.
En 1982, l'Organisation Internationale de la Francophonie (O.I.F.) a créé le Prix Alioune Diop de l'Edition Francophone reconnaissant l'héritage culturel du créateur de « Présence Africaine ». Il est décerné tous les deux ans.
Le centenaire de sa naissance sera célébré en 2010 - notamment par la pose d'une plaque sur la maison familiale des Diop à Saint-Louis, le 10 janvier, et un colloque, à lui consacré, à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
L'exposition du Musée du Quai Branly se veut également un hommage à sa mémoire et à ses engagements.
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