Simone
J'ai prévenu madame Hélène que je devais m'absenter, c'est important.
Léon
Je veux pas le savoir, ici c'est moi qui commande, c'est à moi qu'il faut demander !
Simone
Vous étiez pas là, alors j'ai demandé à votre femme.
Léon (hurle)
À moi, à moi et moi je dis non, là ! Quand on passe la moitié de son temps en courses ou en congé maladie…
Simone (protestant)
J'ai été arrêtée une fois huit jours en trois ans et j'ai même pris des finitions à la maison.
Léon
Taratata, quand on peut pas travailler avec acharnement on vient pas occuper un tabouret ici, les places sont chères ici, tous les jours j'ai des demandes, il y a du travail toute l'année ici, jamais de mortes-saisons, il faut produire ou s'en aller définitivement !... Pour gémir, pleurer ou faire ses courses c'est pas l'endroit, c'est pas l'OSE ou le JOINT … Je veux qu'on travaille, qu'on sorte de la marchandise impeccable qu'on puisse livrer et qu'on ne me renvoie pas entre les dents… Qui va se grignoter toute la série qui a été renvoyée à Max ? C'est moi, moi ! Je veux plus entendre de rires, ni de cris, ni de pleurs, ni de chansons, à partir de dorénavant plus personne pourra prendre une heure, vous m'entendez, une heure, même si vos enfants crèvent, même si vos vieux pourrissent, même si vos maris éclatent, je veux pas le savoir, compris, les courses vous avez le samedi après-midi et le dimanche.
Simone (explose au bord des larmes)
Les bureaux sont fermés !
Mimi (à Simone)
Qu'est-ce que tu discutes avec lui pétasse ? Qu'est-ce que t'attends au juste ? Vas-y vite, n'aie pas peur, je te raconterai la fin…
Simone jette un œil sur Léon, celui-ci détourne la tête. Simone sort. Léon s'assied à la place de Simone, il reste là un instant sans rien dire, comme vidé. Les ouvrières ont repris leur travail en silence.
Léon (à Mimi)
T'as une grande gueule, hein ?
Mimi
Ça va bien merci, je fais ce que je peux…
Silence.
Léon
Alors explique-moi avec ta grande gueule ce qu'elle va gagner en se ruinant la santé à courir comme ça d'un bureau à l'autre…
Mimi
Elle a droit à une pension, non, une femme seule avec deux enfants !
Léon
Elle est là sa pension, là ! (Il tape sur la table) Elle reste une heure de plus tous les soirs, elle court plus toute la journée pour sers courses, elle l'a sa pension, non ?
Gisèle
Elle peut pas rester plus tard.
Léon
Pourquoi ? Ça dérange qui ? C'est ouvert ! Je reste bien, moi !...
Mimi
Oui, mais vous en rentrant vous n'avez qu'à glisser vos deux panards sous la table, votre frichti est tout bouillu. Elle, elle doit faire les courses et la bouffe pour ses gamins.
Léon (approuvant de la tête)
Quand on veut on peut, il faut savoir où est son intérêt, pourquoi on lui donnerait une pension, en quel honneur ?
Gisèle
Son mari a été déporté non !
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