Je réalise soudain que je suis un occupé, parti défendre son occupant contre un occupant qui l'occupe.
Fort de thé, celle là, Sigmund.
[…] Les voix du futur. Qu'est-ce que je vois ?
Je vois venir des nuages forcis de rage, ciel strié d'éclairs, une guerre atroce va lacérer le visage de mon pays, jusqu'à la liberté. Oh, je vois après aussi. Oh, ça va pas être très drôle, l'Algérie libérée. Dictature, guerre civile, les miens égorgent les miens, corruption barbelée, l'homme contre l'homme, on reprend le jeu d'avant, avec les exactes mêmes règles.
En regardant de plus près, je me vois aussi , dans la tasse de thé, eh oui, les voix du futur, vieillard chenu, dans une belle gandoura toute soyeuse avec du jasmin dans ma barbe blanche, entouré d'une ribambelle de petits-enfants. Oh bah, ça ira pas trop mal, hein : 40 euros par mois, une pension de l'État français, quand ça arrive, vous savez... l'administration. Oui...
Que dire à la France alors ?
Qu'elle demande pardon ?
Non, non, sans aller jusqu'à la presque compassion, ça fait revanchard. Non, non, n'insistez pas, j'irai jamais jusque-là, soyons urbain, de grâce, un peu de fringance d'âme, s'il vous plaît, quoi.
Oui, que demander, alors, à la France ?
Qu'elle fasse le solde de 132 ans de présence, de préemption absolue sur tout ce qui bouge en Algérie ? Non, trop compliqué, trop de chiffres, bandes de requins dans les ministères des deux pays, va toi vérifier après.
Non, je crois que ce que j'ai envie de demander à la France, c'est juste un tout petit peu de mémoire.
Mais de la vraie mémoire active, de celle qui dégrafe les commémorations, au-delà des cymbales et des symboles, foin de tous les artifices de la représentation.
Nulle charité, nulle componction, surtout pas de repentance […].
2commentaires