Entretien avec Daniel Voguet, président de l'ADEN, l'Association de descendants d'esclaves noirs
L'ADEN a été créée en 2001 à la suite de la loi Taubira, en faveur de la reconnaissance des Traites et des esclavages comme crime contre l'Humanité. Retour sur le sens et l'œuvre de l'association avec son président, qui vient de préfacer un livre intitulé
Les traites négrières coloniales : Histoire d'un crime, aux éditions Cercle d'art.
Pourquoi une association de descendants d'esclaves noirs uniquement, y a-t-il des traites humaines qui ne méritent pas votre combat ?
Nous avons voulu mêler dans cette association, des descendants d'esclaves noirs et ceux qui n'ont pas de rapport direct avec cette tragédie. L'association a pour but de lutter contre le racisme, et les discriminations. Le fait est qu'on est identifié sur le plan politique, religieux et scientifique comme noir. On estime que le racisme dans la société française et européenne trouve son origine dans l'esclavage et la traite. Nous avons pour objectif de faire connaître la traite des esclaves le plus largement possible afin de tirer des conséquences pour l'avenir.
Que faut-il faire en plus pour surmonter ce pan de l'histoire ? Il faut connaître cette page de l'Histoire de France et de l'Europe. C'est pourquoi nous avons organisé le colloque de Gorée en novembre 2007, en collaboration avec la commune de Gorée, le Gorée Institut, le conseil général du Val-de-Marne, la confédération générale des travailleurs (CGT), ainsi que des chercheurs des trois continents (Afrique, Europe et Amériques). Les actes de ce colloque sont publiés sous forme d'un livre qui vient de paraître. Mais il faut que cette Histoire revienne dans l'enseignement, que les intellectuels s'y intéressent, que des livres soient édités sur le sujet, que des émissions et des films soient réalisés, un peu comme pour d'autres périodes tragiques de notre Histoire, comme les guerres mondiales. Mais nous sommes loin du compte.
D'autres associations défendent le devoir de mémoire de l'esclavage et il existe également une querelle autour des dates de commémorations. Tout cela n'empiète-t-il pas sur le travail de mémoire ? Je ne pense pas. Peu importe la date. L'essentiel est d'avoir une date nationale qui permette à l'ensemble des Français de se rassembler et de rendre hommage aux victimes de la traite négrière et à tous ceux qui ont lutté contre cette pratique à l'instar de Toussaint Louverture, Delgresse et bien d'autres.
On a souvent reproché au gouvernement de Jacques Chirac, d'avoir choisi le 10 mai pour la commémoration de l'esclavage, or on sait que le 10 mai correspond à l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Qu'en pensez-vous ? Je ne veux pas polémiquer sur cette date, ça ne m'intéresse pas. Par contre, si on peut arriver à ce qu'il y ait une date internationale qui permette à la communauté internationale de considérer la traite et l'esclavage comme un crime contre l'humanité, c'est parfait. En France, c'est reconnu, contrairement à la Grande Bretagne, l'Allemagne, le Portugal et l'Espagne qui l'on pratiqué.
Vous souteniez récemment les mouvements sociaux dans les Dom. Pour quelles raisons ? Parce qu'on s'est rendu compte que la structure socio-économique de ces îles était justement liée à la persistance de l'esclavage, de la traite et à l'économie de plantations. 80% des terres en Martinique appartiennent à des Békés. L'abolition ne s'est pas accompagnée d'une réforme agraire, alors que les esclavagistes ont été indemnisés. La réalité sociale reste marquée par de fortes inégalités entre blancs et noirs. Ce qui engendre des frustrations et des sentiments de colère justifiés.
Propos recueillis par Cristèle Magnout
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