Portrait : Zoran Predin, chanteur, musicien et parolier
Toute une histoire
« En 1975, à Maribor, la deuxième ville Slovène, j'ai fondé un groupe, disons New Wave, qui s'appelait « Hungry Franz » (Frank a faim), car nous étions avides de toutes les musiques rock qui arrivaient en Slovénie, notamment le Punk. Frank était un prénom très commun. Mais ça a posé un problème au régime socialiste qui ne pouvait tolérer que quiconque puisse avoir faim en Yougoslavie. Franz n'était pas mieux loti car écrit avec un « z » terminal, il rappelait une Allemagne dont on ne voulait pas entendre parler depuis la Deuxième Guerre mondiale. Nous avons commencé presque illégalement. La première confrontation avec le régime communiste eut lieu quand ils tentèrent d'empêcher nos concerts en nous supprimant de toute médiatisation. La deuxième fois ce fut lorsque les autorités nous « reconnurent » en nous récompensant officiellement : de la pure démagogie pour aller dans le sens du public. On nous a ensuite laissé en paix, bien que j'aie été arrêté deux fois.
Une de mes premières chansons en 1980 s'intitulait « Le vieux Slave ». Elle racontait ce qui arrivait à ceux qui, venant de Russie, apportaient en Slovénie leur idéologie. La chanson est devenue très populaire. Une fois, la police nous a interdit de l'interpréter en concert, mais nous l'avons jouée quand même sans paroles …c'est alors que le public a chanté. Il n'y avait rien d'illégal et ils sont donc partis dépités.
Plus tard j'ai fait un arrangement de ce qui allait devenir l'hymne national slovène d'après le poème Zdravljica du grand Preseren. Quand l'hymne a été officialisé nous n'avons pas été autorisés à le jouer dans cette version rock. Nous étions très populaires dans l'ex-Yougoslavie. La New Wave nous mettait au dessus de la nationalité, de la politique, de la religion. Quand le pays a éclaté nous le sommes restés dans toutes les républiques. La New Wave est la seule chose qui ait survécu à L'ex-Yougoslavie … avec le basket-ball (rires).
Dans la toute nouvelle Slovénie, le rock ne me satisfaisait plus. J'ai arrêté les concerts mais j'ai continué d'enregistrer nombre de disques en studio. Je me suis tourné vers la musique populaire, cela m'a rapporté beaucoup d'argent, mais en fait mon âme était vide. J'ai joins un groupe de musique tzigane, je me suis retrouvé à partager leur vie aux Saintes- Maries-de-la Mer en Provence, et c'est là que j'ai découvert le jazz manouche. C'était ce que je cherchais.
J'ai fondé le "Mar Django quartet" avec des musiciens ukrainiens dont la musique traditionnelle a de nombreuses similitudes rythmiques avec la musique manouche. Puis j'ai joué un jazz plus facile, plus consensuel, à une époque ou je composais pour le cinéma et la télévision. Ca ne ma pas empêché de monter en 1997 un nouveau groupe de rock les « Living Legends » puis d'aborder divers genres pendant une dizaine d'années. Ce n'est qu'en 2007 que je suis revenu au Gipsy Swing ».
Jazz manouche : le king du gipsy swing
« Violon, guitare rythmique, guitare d'accompagnement, basse, batterie et chant. Nous somme le seul orchestre de ce type en Slovénie. J'ai besoin de ce rythme saccadé pour captiver le public car même si j'aime les chansons romantiques et les paroles ciselées, j'ai toujours peur qu'il s'endorme. Les belles mélodies, les jolis mots c'est bien mais le rythme est le plus important. Si l'on veut raconter une histoire, le Gipsy swing est idéal. Si l'on veut être un peu plus lyrique et jouer sur l'émotion on peut néanmoins en ralentir le tempo, ce qui donnera une sorte de blues, proche de l'esprit d'un Moustaki dans la chanson « Le Métèque ».
Chanter en slovène... et en français
« Il est plus facile de chanter en Français qu'en Slovène car en Slovène ce sont les consonnes qui apportent le sens des mots. Il faut donc les accentuer si on veut être compris et cela sonne faux. Les gens qui ne maîtrisent pas la langue ne peuvent donc pas bien comprendre les paroles parce qu'ils ne les entendent pas. Il faut aussi travailler très dur pour avoir
des paroles que des foules peuvent reprendre en chœur.
J'ai déjà chanté en français devant un public français qui a apprécié la démarche mais de manière plutôt symbolique. Car il est très difficile de créer à la fois une atmosphère et d'atteindre la justesse des sentiments par les paroles, d'autant plus que dans le genre, chez vous, les références sont écrasantes. Si je reviens en France, je chanterai un tiers de mon répertoire en slovène, un tiers en français, le dernier tiers étant consacré aux chansons purement françaises. Mais le mieux serait d'écrire en français pour un interprète. Une fois passées dans la mémoire des gens, je pourrais ainsi reprendre de façon plus naturellement mes propres chansons ».
http://www.predin.com/
Légende la photo : Zoran Predin avec sa femme, la comédienne Barbara Lapajne.












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