Extrait 1 : scènes 1 et 2
À cet instant, Sextus, le secrétaire, apparaît, inquiet.
Sextus : Le corps a disparu.
Pilate : Le corps de qui ?
Sextus : Le magicien de Nazareth.
Pilate n'est pas sûr de comprendre.
Sextus : Le cadavre est sorti du tombeau.
Contrarié, un peu fébrile, Pilate dicte une nouvelle lettre à Sextus.
Pilate : « Encadré par une cohorte, j'ai chevauché immédiatement vers le cimetière. Je m'approchai du tombeau, un sépulcre à la mode d'ici, comme tu n'en as sans doute jamais vu. En Palestine, on ne creuse pas la terre mais une paroi rocheuse où l'on ménage une grotte. Puis on ferme la caverne par une énorme pierre ronde qui tient lieu de porte. Au matin, la meule avait été tirée sur le côté, bloquée par une cheville, laissant béante la moitié du tombeau. »
Sextus (l'interrompant) : Pourquoi l'a-t-on rouvert ?
Pilate : Les femmes voulaient y déposer des aromates, de la myrrhe et de l'aloès, comme présents au mort.
Sextus : Qui a roulé la pierre ?
Pilate : Les femmes, aidées des gardes. (Agacé) Écris. (Il dicte.) « Je regardai la bouche d'ombre. S'il fallait réunir tant de forces pour rouler la pierre du tombeau, comment le magicien, tout seul, aurait-il pu le faire ? J'entrai dans la tombe. La grotte conduisait à une chambre où trois couches avaient été creusées à même le roc. Elles étaient toutes vides. Sur l'une seulement, il y avait les traces du magicien : des bandelettes, des onguents et surtout le suaire, un drap d'une très belle qualité, sali ça et là par les traces brunâtres des blessures. Il était soigneusement plié et posé sur le bord de la couche. »
Sextus (l'interrompant) : Pourquoi ?
Pilate : Pardon ?
Sextus : Pourquoi avoir rangé l'étoffe méticuleusement. C'est absurde. Qui a pris la peine d'en faire un paquet ? Le magicien ?
Sextus accompagne sa remarque d'un petit rire moqueur.
Haussant les épaules, Pilate continue à dicter.
Pilate : « Je retournai au fort prendre les décisions qui s'imposaient : il fallait mettre la main sur les voleurs et retrouver le corps de Yéchoua. »
Sextus : Vous n'avez pas, en tant que préfet de Rome, à vous occuper d'une profanation de sépulture juive. L'affaire relève du grand prêtre Caïphe : elle n'appartient pas à notre juridiction.
Pilate : Je dois assurer la sécurité.
Sextus : La sécurité des vivants, Pilate, pas la sécurité des cadavres. Encore moins celle des cadavres juifs. Et surtout pas le cadavre d'un juif criminel.
Pilate : Yéchoua n'était coupable de rien.
Sextus : Vous l'avez pourtant crucifié.
Pilate a un geste de rage.
Pilate : Tu n'imagines pas l'épaisseur des emmerdements qui nous attendent si nous ne retrouvons pas immédiatement cette charogne. Si on laisse croire que le magicien est revenu seul à la vie, a roulé seul la pierre de son tombeau, les auteurs du larcin pourraient créer un mouvement de foi tellement fort que bientôt tout le peuple d'Israël n'aura plus que le nom de Yéchoua à la bouche.
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