Fernando Alvim
6'02 Transcription
"Le continent africain et les Africains ont amené, pas seulement une esthétique au niveau planétaire, mais aussi une pensée. Pour revenir un peu en arrière, est-ce que oui ou non on peut dire que, avec 21 millions d'Africains qui ont été amenés au continent américain pendant le moment de l'esclavage, ont oui ou non altéré les symptômes culturels de l'Humanité ? Bien sûr que oui ! La musique par exemple. La musique, c'est très clair. L'invention du jazz, elle a altéré quand même les codes sonores mondiales (= mondiaux), c'est les Africains qu'ont apporté ça. Il va de soi que la participation de la pensée et de l'esthétique africaine dans le monde a été fondamentale. Bon. Mais y'a eu des États… y'a des États politiques qui ne voulaient pas reconnaître ça. Et que aujourd'hui, avec les nouveaux (= nouvelles) méthodes de communication, c'est fini, on ne peut plus refuser cette participation de l'Afrique dans l'histoire de l'Humanité. Sur l'art contemporain africain, à partir du moment qu'il y a des nations africaines, qu'elles deviennent indépendantes, ça me paraît intrinsèque cette relation. Il y a une esthétique contemporaine africaine puisque les indépendances depuis 50 ans, le cas de l'Angola , 31 ans. La culture africaine, elle n'est que contemporaine à l'heure actuelle, c'est-à-dire elle ne peut pas être autre chose que cela. Et revenir sur ça révèle deux choses. Un, une espèce de manipulation terrible au niveau planétaire et de ce qui est le continent africain. Je suis désolé, si jamais les gens étaient vraiment préoccupés par la destinée du continent africain, ça serait longtemps qu'on aurait dû régler la plupart des problèmes du continent africain parce qu'ils ne sont pas que africains. Ils sont mondials (= mondiaux). Par exemple la problématique du SIDA, c'est un problème de santé publique globale, elle n'est pas ni continental, ni local. Et je pense que l'art contemporain africain, elle (= il) émerge en même temps qu'émergent les nations africaines. C'est pas un « curator » (= conservateur de musée) qui l'a inventé, c'est-à-dire l'être humain du fait d'exister, il produit d'une façon accidentelle de la culture. Ce qu'il nous faut maintenant, c'est de bien comprendre et de écrire cette esthétique-là, comment on va faire cette transition vers les générations futures et pourquoi faire cette transition vers les générations futures de cette esthétique-là ? Parce que il me semble que le plus grand problème des… de la fragilité de certains pays africains et d'une grande partie de l'Afrique, c'est l'incapacité d'avoir accès à l'esthétique du passé. La plupart de l'esthétique africaine du passé, elle se trouve dans des musées à Washington , à Berlin , à Paris , à Bruxelles , à Lisbonne … Comment voulez-vous que des générations se développent, comment voulez-vous qu'elles aient une « auto-estime » s'ils (= elles) arrivent pas à avoir accès à l'esthétique du passé ? Est-ce que on ne pourrait pas créer des nouveaux types de musées ? On ne doit pas nécessairement créer des musées ou des prototypes qui seront une conséquence de ce qui a été fait au début du siècle passé. Je pense qu'on peut se réinventer. C'est le droit à l'Afrique de se réinventer. Est-ce que on est prêt à créer des mécanismes et politiques et économiques pour soutenir la création contemporaine africaine ? Plus que jamais on doit introduire ces codes philosophiques, esthétiques africains dans la pensée universelle. Quand on regarde par exemple que les hommes politiques africains pour obtenir leurs indépendances (se) sont quand même prêté au jeu d'aller discuter avec les pays colonisateurs, ils ont étudié même dans les écoles, dans les universités des pays colonisateurs, ça veut dire que ce sont des gens qui ont apporté cette idée d'une culture inclusive, une espèce de culture aussi d'absorption plutôt qu'une culture d'imposition. Or qu'on sait que souvent la culture a été utilisée par certains États comme un vecteur de domination, de colonisation même des esprits. Et donc les Africains ont fait le contraire, ils absorbent, ils incorporent. Et je pense que cela doit avoir le mérite d'être dit. Qu'est-ce qui définit être quelque chose ? Ça, c'est très important. Je veux dire, juridiquement, on peut être africain, on peut avoir un passeport africain, est-ce qu'on se sent africain ? Quels sont les paramètres qui définissent être africain ? Moi je pense que la question de la nationalité est une question à la fois juridique et intimiste. On peut être juridiquement africain et pas se sentir africain, on peut se sentir africain et effectivement ne pas être juridiquement africain, c'est-à-dire ne pas avoir un passeport africain. Je pense que y'a des artistes que justement parce qu'ils sont conditionnés, parce que ce que le monde dit, qui peut-être doutent encore de leur africanité, je ne pense pas que c'est un problème personnel mais c'est un problème de ;conjoncture mondiale. En Afrique du Sud, malgré qu'il y a eu l'apartheid , on ne doute jamais si un Blanc sud-africain est sud-africain. Or que si je suis un Blanc angolais, les gens doutent. Je pense que tout cela relève de l'ignorance, et c'est vrai que le monde est extrêmement ignorant sur l'histoire contemporaine
africaine".
"Le continent africain et les Africains ont amené, pas seulement une esthétique au niveau planétaire, mais aussi une pensée. Pour revenir un peu en arrière, est-ce que oui ou non on peut dire que, avec 21 millions d'Africains qui ont été amenés au continent américain pendant le moment de l'esclavage, ont oui ou non altéré les symptômes culturels de l'Humanité ? Bien sûr que oui ! La musique par exemple. La musique, c'est très clair. L'invention du jazz, elle a altéré quand même les codes sonores mondiales (= mondiaux), c'est les Africains qu'ont apporté ça. Il va de soi que la participation de la pensée et de l'esthétique africaine dans le monde a été fondamentale. Bon. Mais y'a eu des États… y'a des États politiques qui ne voulaient pas reconnaître ça. Et que aujourd'hui, avec les nouveaux (= nouvelles) méthodes de communication, c'est fini, on ne peut plus refuser cette participation de l'Afrique dans l'histoire de l'Humanité. Sur l'art contemporain africain, à partir du moment qu'il y a des nations africaines, qu'elles deviennent indépendantes, ça me paraît intrinsèque cette relation. Il y a une esthétique contemporaine africaine puisque les indépendances depuis 50 ans, le cas de l'Angola , 31 ans. La culture africaine, elle n'est que contemporaine à l'heure actuelle, c'est-à-dire elle ne peut pas être autre chose que cela. Et revenir sur ça révèle deux choses. Un, une espèce de manipulation terrible au niveau planétaire et de ce qui est le continent africain. Je suis désolé, si jamais les gens étaient vraiment préoccupés par la destinée du continent africain, ça serait longtemps qu'on aurait dû régler la plupart des problèmes du continent africain parce qu'ils ne sont pas que africains. Ils sont mondials (= mondiaux). Par exemple la problématique du SIDA, c'est un problème de santé publique globale, elle n'est pas ni continental, ni local. Et je pense que l'art contemporain africain, elle (= il) émerge en même temps qu'émergent les nations africaines. C'est pas un « curator » (= conservateur de musée) qui l'a inventé, c'est-à-dire l'être humain du fait d'exister, il produit d'une façon accidentelle de la culture. Ce qu'il nous faut maintenant, c'est de bien comprendre et de écrire cette esthétique-là, comment on va faire cette transition vers les générations futures et pourquoi faire cette transition vers les générations futures de cette esthétique-là ? Parce que il me semble que le plus grand problème des… de la fragilité de certains pays africains et d'une grande partie de l'Afrique, c'est l'incapacité d'avoir accès à l'esthétique du passé. La plupart de l'esthétique africaine du passé, elle se trouve dans des musées à Washington , à Berlin , à Paris , à Bruxelles , à Lisbonne … Comment voulez-vous que des générations se développent, comment voulez-vous qu'elles aient une « auto-estime » s'ils (= elles) arrivent pas à avoir accès à l'esthétique du passé ? Est-ce que on ne pourrait pas créer des nouveaux types de musées ? On ne doit pas nécessairement créer des musées ou des prototypes qui seront une conséquence de ce qui a été fait au début du siècle passé. Je pense qu'on peut se réinventer. C'est le droit à l'Afrique de se réinventer. Est-ce que on est prêt à créer des mécanismes et politiques et économiques pour soutenir la création contemporaine africaine ? Plus que jamais on doit introduire ces codes philosophiques, esthétiques africains dans la pensée universelle. Quand on regarde par exemple que les hommes politiques africains pour obtenir leurs indépendances (se) sont quand même prêté au jeu d'aller discuter avec les pays colonisateurs, ils ont étudié même dans les écoles, dans les universités des pays colonisateurs, ça veut dire que ce sont des gens qui ont apporté cette idée d'une culture inclusive, une espèce de culture aussi d'absorption plutôt qu'une culture d'imposition. Or qu'on sait que souvent la culture a été utilisée par certains États comme un vecteur de domination, de colonisation même des esprits. Et donc les Africains ont fait le contraire, ils absorbent, ils incorporent. Et je pense que cela doit avoir le mérite d'être dit. Qu'est-ce qui définit être quelque chose ? Ça, c'est très important. Je veux dire, juridiquement, on peut être africain, on peut avoir un passeport africain, est-ce qu'on se sent africain ? Quels sont les paramètres qui définissent être africain ? Moi je pense que la question de la nationalité est une question à la fois juridique et intimiste. On peut être juridiquement africain et pas se sentir africain, on peut se sentir africain et effectivement ne pas être juridiquement africain, c'est-à-dire ne pas avoir un passeport africain. Je pense que y'a des artistes que justement parce qu'ils sont conditionnés, parce que ce que le monde dit, qui peut-être doutent encore de leur africanité, je ne pense pas que c'est un problème personnel mais c'est un problème de ;conjoncture mondiale. En Afrique du Sud, malgré qu'il y a eu l'apartheid , on ne doute jamais si un Blanc sud-africain est sud-africain. Or que si je suis un Blanc angolais, les gens doutent. Je pense que tout cela relève de l'ignorance, et c'est vrai que le monde est extrêmement ignorant sur l'histoire contemporaine
africaine".















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