Le Sommeil du monstre
Enki Bilal
J'avais envie de laisser une trace et de faire une espèce de carnet, tout au long de la gestation de l'album. Je filmais ces moments-là, je faisais des petits plans de coupe, en fait, je me préparais un petit film. Je pense que c'est intéressant de laisser une trace, de moments, qui sont des moments assez intimes, quand on fait un album, quand on fait un travail, c'est un travail de solitaire. Je me sentais peut-être un peu moins seul en faisant ça.
Très souvent, le titre me vient avant même que je ne connaisse réellement le sujet de l'album que je vais faire. C'était exactement la même chose pour La Femme piège. C'est un titre qui m'a plu pour des raisons x parce que moi-même dans ma vie, je changeais de vie tout simplement donc tout ça, ça me préoccupait. Et pour Le Sommeil du monstre, c'était exactement la même chose. Ce que je savais, évidemment parce que ça c'était quasiment une nécessité pour moi, c'était qu'il fallait que je parle, d'une manière ou d'une autre, de l'éclatement de la Yougoslavie et de la violence qu'il y a eu dans les années 1990, donc à Sarajevo et dans l'ex-Yougoslavie. Donc ça c'était une évidence, mais très vite Le Sommeil du monstre s'est imposé comme peut-être la logique même de l'idée qu'il y a un monstre qui sommeille en chacun de nous.
Je me suis rendu compte qu'en jouant sur le côté effet de miroir, c'est-à-dire qu'il a la mémoire régressive mais de manière noble de Nike, qui va vers le jour de sa naissance. Mais en même temps, il y a dans l'action qui se passe, dans l'histoire même autour des personnages du livre, qui est une action qui est un effet de miroir, un reflet, je dirais, du XXe siècle, c'est-à-dire la violence qu'il y a dans la mémoire elle existe toujours, amplifiée encore plus avec cet obscurantisme rampant. Et du coup, c'est ce jeu des trois éléments du temps : le passé, le présent, et le futur qui m'intéressait là-dedans.
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