La valeur symbolique des couleurs
Yslaire
Pourquoi c'est pas du papier blanc ?
D'abord, c'est chouette parce qu'on sait qu'il y a pas de virginité et on sait qu'on peut salir et de toute façon je ne fais que salir. Je fais des taches, donc c'est pratique. Et ça me permet surtout d'avoir trois dimensions au dessin. Je rajoute de l'ombre, de la lumière et le gris, c'est le moyen, les tons médians. Donc sans faire trop d'efforts, j'ai déjà tout un volume puisque j'ai une valeur intermédiaire qui est le gris.
La page blanche, c'est à côté effectivement basique dans le sens que tu as le blanc du papier et le noir que tu remplis, et il y a pas de valeur intermédiaire à vrai dire. Je vais pas pouvoir revenir en arrière une fois. Ici, oui de la même manière où j'ai tendance à construire mes couleurs selon ces codes-là. Parce que les couleurs, c'est la symbolique qui va se greffer sur l'éclairage, l'éclairage c'est du noir et blanc de toute façon et puis, éventuellement, ce noir et blanc va se teinter. Il va devenir sépia, dans le cas de Sambre qui va être la couleur symbolique, narrative éventuellement ou simplement émotionnelle, le rouge, donc voilà.
Il y a une histoire de Sambre, qui existe quelque part, au fond de mon cerveau où je sais pas très bien, j'ai l'impression que c'est ma boussole et en même temps, je l'ai pas encore faite. Et quand je suis au stade du dessin, je démolis tout et la seule chose qui me dirige, c'est le dessin.
La cohérence de Sambre est à mon sens toujours graphique. Ça tient à cette émotion qui va passer graphiquement. Parce que peu importe ce que je dis, ce qui compte, c'est qu'il y ait quelques cases qui expriment le fond de Sambre. C'est ces cases-là que les gens retiennent et les mots quelque part, une fois que j'ai écrit tous ces mots, quand je fais des dessins, je supprime tous les mots d'ailleurs je dessine mes images sans texte sans les bulles. Puis je les remets. Les bulles que je remets à la fin n'ont rien à voir, elles sont presque réinventées sur la base de ce qui a été écrit avant. C'est pour ça que c'est si lent. C'est un processus très lent puisque ça passe son temps à sucrer toute une partie. C'est comme un iceberg quoi, on ne voit jamais la face cachée, il y a toute la masse en dessous.
Il y a une part littéraire dans Sambre. C'est que le trajet des personnages s'établit sur le temps. Donc il y a une dimension de plusieurs années et le temps fait qu'il faut l'écrire. Le temps, ça s'écrit, le dessin est hors du temps. Le dessin par définition, c'est une abstraction temporelle. J'arrête le temps alors que quand tu écris, tu racontes une histoire et pour la rendre crédible, tu la situes dans un cadre : ça se passe là, à ce moment là, etc. tu dis les choses, tu les définis. Et le dessin est beaucoup moins défini que ça.
Je fais plein de croquis comme ça et il se fait qu'à chaque fois que je fais un dessin, je suis dégouté, je suis dégouté de ce que j'ai fait, je n'aime pas et j'ai l'impression que c'est nul. J'ai besoin de le laisser reposer. Et ce n'est que le lendemain que je me dis si ça vaut la peine ou pas.
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