Entre les mursPalme d'or 2008

accueil

<< 12 | 15 >>
Comment ça marche ?

Comment ça marche ?



Laurent Cantet.
Je voulais que le tournage poursuive le travail d'improvisation des ateliers, avec la même liberté. La vidéo (haute définition) était donc indispensable. Je l'avais constaté pour Ressources humaines, le coût et la lourdeur du 35mm laissent peu de marge à l'improvisation ; du coup, les choses s'étaient un peu fossilisées au moment du tournage. Pour Entre les murs, je voulais au contraire pouvoir tourner en continuité pendant 20 minutes, même quand il ne se passait rien, parce que je savais qu'il pouvait suffire d'une phrase pour que cela reparte. Pour les scènes de classe, François commençait un cours sur un sujet donné ; il fallait qu'à un moment, un virage s'opère. On avait expliqué la situation aux deux ou trois élèves qui devaient porter la scène, en leur en indiquant les charnières : lorsque François allait aborder tel sujet, ils devaient avoir tel type de réaction. Mais ils ne savaient pas comment on arrivait jusqu'à cette étape ; quant aux autres, ils découvraient les événements au fur et à mesure de la prise. François menait donc la scène comme on peut mener un cours, et je pouvais intervenir pendant les prises, ré-aiguiller la scène, demander à l'un de préciser une idée, à l'autre de rebondir sur une remarque, etc. C'était d'ailleurs toujours impressionnant de les voir redémarrer instantanément, avec la même énergie que celle qui les habitait avant que je les interrompe, mais en intégrant parfaitement mes consignes. 
 
François Bégaudeau. Évidemment, ce type de dispositif était spécialement adéquat à une scène de classe : parce qu'un prof est réalistement fondé à donner la parole à des élèves, et même à la provoquer au moment adéquat. Même chose, bien sûr, avec les parents d'élèves. J'avais donc en tête la charpente que Laurent m'avait indiquée, et je faisais en sorte d'arriver aux moments charnières qui avaient été prévus.
 
Laurent Cantet. J'ai été très vite persuadé que le dispositif exigeait trois caméras : une première, toujours sur le prof ; une seconde, sur l'élève qui devait porter la scène que nous tournions ; et une troisième pour s'autoriser des digressions : une chaise en équilibre sur un pied, une fille qui coupe les cheveux de sa copine, un élève qui rêve puis se raccroche tout d'un coup au cours - les détails du quotidien d'une classe que nous n'aurions jamais pu reconstituer. Mais elle devait aussi pouvoir anticiper les prises de parole, les micro-événements susceptibles de faire basculer une scène. La salle de classe où nous avons tourné était carrée, nous l'avons transformée en salle rectangulaire, en ménageant un couloir technique de deux ou trois mètres. Les trois caméras étaient donc du même côté, avec une orientation toujours identique : le prof à gauche, les élèves à droite : on est donc très rarement dans l'axe des regards. L'idée était de filmer les cours comme des matches de tennis - ce qui exigeait de mettre le prof et les élèves à égalité. J'étais face à mes trois moniteurs, et je soufflais aux cameramen d'aller voir ici où là parce qu'il me semblait qu'il allait s'y passer quelque chose. Avec François, nous avons petit à petit appris à différer légèrement le moment où quelqu'un allait prendre la parole de manière intempestive, le temps que la caméra soit prête. La façon dont François menait chaque scène de l'intérieur, après que nous avions discuté ensemble de ses tenants et de ses aboutissants, exigeait une complicité que l'on atteint rarement entre un acteur et un réalisateur - en général, l'acteur fait ce que le réalisateur lui suggère -, et même entre un scénariste et un réalisateur. Dans sa fabrication, Entre les murs est différent de tous mes autres films : il procède d'une responsabilité réellement partagée.
 
 
Le pari de l'intelligence
 
Laurent Cantet. Je voulais rendre justice à tout le travail qui se fait dans l'espace d'une école. Dans un cours, il y a toujours de l'intelligence en jeu - y compris dans les malentendus et l'affrontement. C'est cette intelligence que nous visions chaque fois que nous lancions une scène. Dans l'échange des répliques entre le prof et les élèves, entre les élèves entre eux, entre les profs, des idées sont mises en question, se comprennent ou se déplacent. Or cette façon de parier sur l'intelligence correspondait avec la façon très singulière, et très peu orthodoxe dont François exerce son métier.
 
François Bégaudeau. On s'est arrangé pour que les amorces de scènes correspondent à des moments de transmission classique de savoirs : la versification, le subjonctif, Anne Franck, etc. Puis cela dérive. Cette dérive, je l'assume volontiers comme pédagogue. Mais il y a là aussi un « effet de l'art », dans le film comme d'ailleurs dans le livre. Je veux dire par là que, même si on essaie de coller au réel et éventuellement à sa monotonie, un film et un livre se portent naturellement vers l'exception. À la sortie du livre, on m'a souvent dit : « c'est vachement animé, les cours ! » Mais c'est parce que j'ai retenu d'abord les moments où ça s'anime, parce que cela profitait au livre ! Quand tout le monde se tait, il n'y a pas de scène : dans les cours de 8h à 9h où les élèves dorment, il n'y a rien à voir et rien à raconter.
 
Laurent Cantet. C'est en tout cas ces moments de dérive qui m'intéressaient, et que le film défend. Peu de profs prennent autant de risques face à des élèves : le risque du dérapage, le risque de l'échec. Il est évidemment plus facile de dire qu'on a réussi à transmettre tel ou tel savoir parce qu'on a fait un cours magistral que de les y amener par la bande. Cela demande un sang-froid que beaucoup de gens reprocheront peut-être à François, mais surtout que beaucoup de gens lui envieront : il y a du Socrate chez cet homme-là !
 
François Bégaudeau. Oui, toutes proportions gardées… Du reste je n'ai pas calculé la référence à Socrate comme un clin d'œil, dans le livre. Il se trouve qu'une élève, un jour, est venue me parler de La République. Je l'ai juste gardé dans le livre comme un moment de grâce, et Laurent l'a voulue dans le film aussi.
 
Laurent Cantet. Elle tombe tellement bien que je me suis demandé, un moment, si elle n'était pas trop lourdement didactique. En tout cas, si on veut voir dans ce film une prise de position pédagogique, je l'assume complètement. Quand le prof parle aux élèves comme il parlerait à des adultes, cela peut être dur, c'est souvent plus cassant que s'il prenait des gants, mais c'est une façon de leur reconnaître un rôle actif dans ce qui se joue dans une classe. Même chose avec l'usage de l'ironie, qui est une façon de solliciter chez les adolescents leur faculté de décoder. Cette envie d'en découdre qu'a souvent François me semble tout à fait respectueuse des élèves, parce qu'elle les considère comme des interlocuteurs qui en valent la peine. Sa pédagogie consiste à aller toujours « chercher » les élèves, même parfois là où ça fait mal, mais toujours aussi là où leurs raisonnements s'arrêtent un peu trop tôt pour être valides ou acceptables en l'état. Si on peut parler de démocratie à l'école, elle est là.
 
François Bégaudeau. Mon personnage est construit, bien sûr. Mais il y a quelques séquences que je revendique pleinement en tant que prof. Je pense à la scène où Souleymane me demande si je suis homosexuel. La plupart des profs aurait coupé court à la discussion, ou même demandé le carnet de correspondance. Pour ma part, j'envisage ce genre d'occasion avec gourmandise, parce que je me dis qu'il y a quelque chose à en tirer : faire son Socrate, mettre en boîte l'archaïsme de l'élève en question. Le contrat égalitaire est là : je vous chambre, mais j'accepte qu'à un moment vous me balanciez des sarcasmes, ou que vous me disiez que je suis pédé.

Testez vos connaissances sur le film

10 questions-réponses pour être incollable !

une ouverture réelle sur la société (TUNISIE)

un film intéressant dans la mesure où il reflète la classe d'aujourd'hui : attitude d'élèves (très souvent ils rejettent le savoir et ne respectent pas ce lieu sacré), difficultés du métier d'enseignant.

vraiment la classe (FRANCE)

Un super film que j'ai vu au gala du festival de cinéma ou j'ai eu la chance de rencontrer la très jolie écrivain politique animatrice de télé Claire Gulten Evren connue par son dernier scénario'' Accusé Politique'' un film qui va être réalisé par Sean Penn et Jude Law en rôle principale...

commentair (AFGHANISTAN)

c'est un film très fantastique ;)

hamoudistylesthegangster (MAURITANIE)

est ce le film va passer sur tv5 et quand?

Marian (ESPAGNE)

Je travaille dans mes cours avec les extraits que nous propose le site TV5 monde depuis quelques semaines et mes élèves appécient beaucoup le fait de se rencontrer avec des jeunes qui, malgré la distance, ont les mêmes attitudes ; Je viens de visionner le film au Festival international du Cinéma de Gijón et je l'ai trouvé fantastique. Ça m'a tellement touché que je crois que le visionnage devrait être obligatoire pour tous ceux qui ne connaissent pas notre travail.

marta (ITALIE)

Je n'ai pas encore vu le film mais je le trouve déjà très intéressant. Le problème de l'éducation est actuel et aussi très intéressant. Une des choses qui me frappe le plus est la représentation de la spontanéité des jeunes. Il est évident que les exigences des élèves d' aujourd'hui ont changé radicalement par rapport aux années dernières et il est aussi très important de parler des grands changements de la société à travers un film .

benny (ITALIE)

Ce matin à l'université de Perugia j'ai vu avec d'autres étudiants un extrait du film "Entre les murs" de Laurent Cantet. Je pense que c'est une bonne idée de raconter les histoires des élèves au collège à travers les points de vu des étudiants et d'un professeur qui cherche avec sa capacité de parler dans plusieurs registres linguistiques de rapprocher les élèves de la culture et de les ouvrir à une réflexion.

Legari Elisabetta (ITALIE)

je pense que c'est un film qui propose une thématique qui est très actuelle. il présente tous les problèmes qui concernent l'univers de l'école, des problèmes qui sont très réalistes par rapport à la situation des classes, pas seulement en France mais aussi dans le monde entier. il nous aide à comprendre l'importance de créer un dialogue démocratique dans un microcosme, qui en faisant partie du monde, renvoie à tous les problèmes qu' il y a dans la société réelle.

linda (ITALIE)

Je pense que ce film pourra être très utile pour faire connaître le problème de l'intégration dans les écoles de la banlieue parisienne, et donc la difficile et complexe tâche d' un professeur qui doit souvent enseigner sans l'appui de ses élèves.

Mangini Antonella (ITALIE)

je trouve que le réalisateur a abordé un thème très intéressant et compliqué,et d'une impressionnante actualité;selon moi il a traité ce sujet d'une manière efficace et d'un point de vue "contemporain",çe qui rend le film agréable à mon avis.C'est pour ce motif que je conseillerais à tout le monde de voir ce film.

Giusy Tomassetti (ITALIE)

Je n'ai vu que des extraits du film, mais je crois qu'il est très important chercher de parler de le monde de l'école.

Minasi Valeria (ITALIE)

Finalement un professeur qui est proche de ses élèves et qui les respecte.Il ne veut pas devenir "l'ami" de ses étudiants mais il veut essayer de les faire sortir de ces murs avec tout les moyens pour vivre dans la société qui est de plus en plus complexe.
François ne se pose pas dans une position de supériorité et il est toujours pret à se confronter avec ses étudiants...BRAVO!

Bosi Claudia (ITALIE)

à mon avis ce film nous présente tous les problématiques de l'école d'aujourd'hui: comme le rapport professeur- élève, l'éducation de jeunes-gens,et la cohabitation de différentes cultures dans un même lieu. je cois que ce film est très intéressant et éducatif et il réprésente aussi un exemple pour l'école italienne.

Cupido Elisa (ITALIE)

Je trouve courageux le choix de Laurent Cantet de transposer sur l'écran un sujet si controversé. L'Italie en aurait besoin.

Tucci natalia (ITALIE)

Le film est trés intéressant parce que reflète parfaitement la réalité française avec ses diversifications culturelles et raciales. C'est un film qui buscule et fait réflechir beaucoup sur la démotivation des jeunes d'aujourd'hui et insiste sur le rôle de l'enseignant comme éducateur.
Geniale l'idée de faire jouer des jeunes non professionnels et de se focaliser sur le langage propre des jeunes.
Le prix est bien merité congratulations.
Natalia

vanina (ITALIE)

le film n'est pas encore sorti en italie,j'essaierai de le voir en français.De toute façon, de ce que j'ai vu dans les extraits je pense qu'il est trés intéressant et qu'il offre un exemple pour beaucoup d'enseignants.

anto (ITALIE)

bon film qui traite une question compliqués et difficile des notre jours. En Italie on a cherché de fait quelque chose du même genre mais avec médiocre réalisation. salut a tous!!!

ANDREONI Véronique (FRANCE)

Bonjour, ceci est 1 clin d'oeil pour François Bégaudeau: je veux bien lui faire parvenir une sélection de fourchettes en inox...
A bon entendeur...
Merci de continuer à secouer les consciences.
A +
Vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant (loi « Informatique et Libertés » du 6 janvier 1978).
Pour toute modification, contactez-nous
Votre nom :
Votre pays :
Votre courriel
Votre commentaire

Votre nom :
Votre courriel :
Nom du destinataire :
Courriel du destinataire :
Votre message :