Bolt, l'éclipse totale
Le 25/08/2008 17:39
| L'homme des Jeux de Pékin comme le fut Carl Lewis en 1984 ou Jesse Owens en 1936 (Reuters). |
Il y a eu Usain Bolt et puis les autres. L'écrasante domination de l'étoile jamaïquaine lors des JO de Pékin aura éclipsé la concurrence et pas seulement à l'occasion des épreuves d'athlétisme. Avec le nageur américain Michael Phelps, « Lightening Bolt » (1) a été l'homme fort du rendez-vous chinois et même un peu plus que cela. Retour sur les grands moments qui ont fait vibrer le « Nid d'oiseau ».
il y aura un avant et un après Bolt. La foudre jamaïquaine s'est abattue sur Pékin avec une rare violence faisant entrer soudainement le sprint dans une nouvelle ère. Trois courses, trois victoires, trois records du monde dans la même olympiade, Bolt ne pouvait pas faire mieux. Surtout, le Jamaïquain a réussi ce que beaucoup ne pensaient pas être possible, à savoir effacer le record quasi-mythique de Michael Johnson sur 200 mètres qui semblait inaccessible depuis les JO d'Atlanta en 1996 (19"32).
Le voir courir le demi-tour de piste en 19"30, ce 20 août, a plus étonné que lorsqu'il a battu le record du monde du 100 m quatre jours plus tôt (9"69). L'impression que Bolt avait laissée après sa demi-finale (victoire en 9"85 en coupant son effort bien avant la ligne) ne pouvait que présager un tel scénario. En revanche, si on le donnait encore gagnant sur 200 m, on n'aurait pas misé une tonne de yuans pour qu'il succède au palmarès à la « loco de Waco ». L'issue de la finale du 4x100 m ne faisait alors plus de doute : victoire de la Jamaïque en 37''10 et un dernier relais supersonique Bolt-Powell, soit trois dixièmes de mieux que la précédente référence sur la distance détenue par l'équipe américaine (37''40 lors des JO de Barcelone en 1992).
La Jamaïque prend le pouvoir
Les Etats-Unis justement n'ont pas étéà la fête sur la piste du « Nid d'oiseau », fait rarissime dans l'histoire des Jeux, justement à cause de la redistribution des cartes dans la hiérarchie du sprint notamment. La Jamaïque est la nouvelle référence en la matière, pour combien de temps ; il s'agit d'une autre histoire. Ce qui a laissé en tout cas plus d'un observateur dans la perplexité, doutant de cet avènement soudain des athlètes de l'Ile des Caraïbes, hommes ou femmes. Il y a un an à Osaka, lors du Mondial japonais, la Jamaïque avait tout de même annoncé la couleur en décrochant 7 médailles (1). Dans la capitale chinoise, le contingent vert et jaune a fait main basse sur le sprint comme en témoigne le grand chelem 100-200 m, chez les filles comme chez les garçons avec un triplé 100% jamaïcain sur le 100 m dames (Fraser, Simpson, Stewart).
Les Etats-Unis, bien que certainement déçus de leur bilan par rapport aux moissons récoltées dans les précédents Jeux, affichent un résultat final plus qu'honnête: 22 médailles tous sexes confondus dont 7 en or. Tyson Gay, lui, ne se réjouit pas de son rendez-vous pékinois, totalement manqué. Le double champion du monde d'Osaka (100-200) se souviendra du cauchemar que furent l'élimination dès les demi-finales du 100 m (5e en 10"05) et le fiasco du 4x100 pour un témoin savonneux en éliminatoires, à l'instar de ce qui est arrivé aux relayeuses américaines. Jeremy Wariner aura connu le même sentiment de gâchis en laissant le titre sur 400 à son compatriote Lashawn Merritt.
Bekele-Dibaba, même combat
Les Mondiaux de Berlin en 2009 serviront alors de terre de revanche pour l'athlé US, un objectif partagé par Blanka Vlasic. La Croate, archi-dominatrice de la discipline depuis deux ans (invaincue en Golden League en 2008 et forte de plus de 33 concours remportés consécutivement), repensera longtemps à cette soirée du 23 août qui devait être celle de la consécration au sommet de l'Olympe. Après un début de concours parfait, sept barres franchies au premier essai jusqu'à 2,03 m, Vlasic passera 2,05 m à sa deuxième tentative, ce qui lui coûtera le titre car Tia Hellebaut réussira cette barre dès son premier essai. Outre Hellebaut, la Belgique se distinguera avec le relais 4x100 m féminin et une belle médaille d'argent prise par Kim Gevaert et ses copines.
Des sourires et des larmes, les fortes émotions n'auront pas manqué durant ces Jeux comme celle provoquée par la chute de Liu Xiang. Le champion olympique en titre du 110 m/haies a été obligé de mettre les deux genoux à terre au départ des séries. Celui que plus d'un milliard et demi de Chinois attendait en or pour la deuxième fois, regagnera les coursives du « Nid d'oiseau » en pleurant. Le rêve venait de s'envoler, la faute à ce maudit tendon d'Achille. Dayron Robles allait très bien et en toute logique le recordman du monde s'est imposé pour ses premiers JO.
Outre le Cubain, Pékin a consacré quelques stars de la piste. On pense alors à Yelena Isinbaeva qui sur son denier essai a établi un record du monde à la perche avec 5,05 m. Les Ethiopiens, eux, continuent de régner sur le fond avec le doublé 5 000-10 000 réussis par Kenenisa Bekele chez les messieurs et Tirunesh Dibaba chez les dames. Clin d'oeil aussi à la Camerounaise Françoise Mbango qui a conservé son titre au triple saut (15,39 m) devant une très forte concurrence. L'exploit était de taille. On ne peut pas en dire autant pour l'équipe de France (voir par ailleurs).
1: La foudre Bolt
2: Or sur 100 m dames, bronze sur 100 m messieurs, argent sur 200 dames et messieurs, argent sur 4x100 dames et messieurs, argent sur 4x400 dames.



