Le drôle de bilan des Bleus
Le 24/08/2008 18:22
| Si les handballeurs français ont écrit l'une des plus belles pages du sport tricolore, Pékin a aussi apporté son lot de déceptions (Reuters). |
L'équipe de France a clôturé les Jeux Olympiques de Pékin avec un total de 40 médailles, dont 7 d'or, 16 d'argent et 17 de bronze. Un résultat que les Bleus n'avaient plus atteint depuis 1920. Si le bilan s'avère donc très satisfaisant dans son ensemble, le faible nombre de titres olympiques et les défaillances de plusieurs chefs de file de la délégation tricolore laissent quelques regrets.
Les JO de Pékin se sont terminés dimanche en apothéose pour l'équipe de France avec le titre glâné par les handballeurs. Avec quarante médailles au total, le meilleur résultat depuis les Jeux d'Anvers en 1920 (41), les Bleus font mieux qu'à Sydney (38) et Athènes (33). Une performance à la hauteur des espérances, mais dont le principal bémol reste le déficit en terme de médailles d'or. Avec sept titres glanés, les Tricolores sont en effet en deça de leurs résultats obtenus lors des olympiades précédentes (13 en 2000, 11 en 2004), ce qui entraîne un recul au tableau des médailles. Sixième à Sydney, septième à Athènes, la France termine au dixième rang des nations à Pékin.
Un regret partagé par le secrétaire d'Etats aux sports, Bernard Laporte, interrogé lors du journal de France 2: "Nous sommes satisfaits en terme de volume, mais c'est vrai que nous sommes un peu déçus par le manque de médailles d'or. Le bilan est globalement positif, car il ne faut pas négliger certains aspects, comme la mondialisation du sport, qui permet à d'autres nations d'émerger. Maintenant, il faut repartir de l'avant et envisager encore une meilleure performance à Londres en 2012." Entre les victoires attendues, les agréables surprises, mais aussi les immenses déceptions, le public français aura eu son lot d'émotions lors de la quinzaine.
Des confirmations et des révélations
Bénéficiant d'un potentiel impressionnant en natation, l'équipe de France aura globalement réussi ses Jeux dans le Watercube. Grande révélation de l'année, Alain Bernard a répondu aux attentes en décrochant l'or dans la discipline reine du 100 m, l'argent sur 4x100 m avec ses coéquipiers et le bronze sur 50 m nage libre. Hugues Duboscq, déjà médaillé de bronze à Athènes sur 100 m brasse, a enrichi son palmarès en décrochant deux nouvelles troisièmes places sur la même distance et sur le 200 m brasse, alors qu'Amaury Leveaux a confirmé son potentiel en terminant deuxième du 50 m.
Grand favori de l'épreuve de cross-country, le vététiste Julien Absalon n'a jamais laissé planer le doute, remportant son deuxième titre consécutif avec brio et entraînant dans son sillage Jean-Christophe Peraud, deuxième sur le podium. La performance est aussi remarquable en BMX avec le doublé réalisé par Anne-Caroline Chausson et Laetitia Lecorguillé. L'escrime française s'est également montrée au rendez-vous des épreuves par équipes. Si les sabreuses françaises ont déçu, l'équipe masculine de sabre et les épeistes ont rempli leur contrat en obtenant l'or, grâce notamment à Nicolas Lopez et Fabrice Jeannet qui sont parvenus à se remobiliser après leur relative déception de n'avoir décroché que l'argent en individuel. Annoncés comme les grands favoris, les handballeurs tricolores ont rempli leur objectif et compensé la déception des filles, qui ont terminé le tournoi à la cinquième place.
Les Français se sont également illustrés dans des épreuves où ils n'étaient pas forcément attendus. Le titre de Steeve Guenot en lutte gréco-romaine, ainsi que la médaille de bronze de son frère Christophe, ont permis à la France de s'illustrer dans une discipline où elle brille rarement. De même, les trois médailles obtenues par les boxeurs tricolores, l'argent pour Khedafi Djelkhir et Daouda Sow, ainsi que le bronze pour Alexis Vastine, montrent que la relève de Brahim Asloum et Jérôme Thomas, éliminé dès son premier combat, était désormais assurée. La gymnastique tricolore est aussi allée au-delà des espérances avec l'argent de Thomas Bouhail au saut de cheval et le bronze de Benoît Caranobe lors du concours général. Vencelas Dabaya en haltérophilie, Anthony Terras en tir, mais aussi la voile tricolore avec trois médailles ont participéà la moisson tricolore dans des disciplines peu médiatisées. Enfin, la deuxième place obtenue par Mahiedine Mekhissi Benabbad lors du 3000 m steeple est la seule satisfaction pour l'athlétisme français, qui sort meurtri de ces Jeux.
Le naufrage de l'athlétisme
Car les Bleus ont connu un véritable naufrage dans le "Nid d'oiseau". Outre le cauchemar de Yohann Diniz, champion d'Europe et vice-champion du monde du 50 km marche mais contraint à l'abandon à Pékin, Mehdi Baala 4e du 1 500 m, Ladji Doucouré 4e sur 110 m haies et Leslie Djhone 5e sur 400 m ont échoué au pied du podium. Christine Arron (100 m), Muriel Hurtis (200 m), Romain Mesnil (saut à la perche) n'ont de leur côté pas réussi à rivaliser avec les meilleurs, sans évoquer la mauvaise image renvoyée par les relais, gangrénés par des luttes intestines. Un bien triste bilan qui a fait réagir Bernard Laporte: "L'athlétisme est un grand pourvoyeur de médailles. Avec une seule sur 141 possibles, nous sommes forcément déçus. Il va falloir prendre des décisions et notamment réformer la fédération pour régler ce problème".
L'amertume est également de mise pour plusieurs grands noms de la délégation bleu-blanc-rouge. Hormis le calvaire connu par Laure Manaudou, quatre ans après les Jeux d'Athènes qui l'ont fait star, Laura Flessel en escrime et Tony Estanguet en canoë-kayak n'ont pas réussi leur pari. De même le judo français, avec seulement quatre médailles dont deux d'argent et deux de bronze, fait certes bien mieux qu'en 2004, une seule médaille d'argent, mais Teddy Riner et Lucie Decosse restent sur leur faim après avoir échoué dans leur tentative de décrocher le titre suprême.
Enfin comment ne pas évoquer le déséquilibre entre le nombre de médailles obtenues par les hommes et les femmes. Avec seulement sept breloques, une d'or, deux d'argent et quatre de bronze, les Françaises sont rarement montées sur les podiums pékinois. Une situation troublante pour Roselyne Bachelot, la minsitre de la Santé et des Sports, "Les faibles résultats des filles sont pour moi une vraie préoccupation. On fera le bilan avec Bernard Laporte, mais cela m'interpelle", avait-elle déclaré au micro de Canal+. Finalement, à l'heure de clôturer les XXVIe Jeux Olympiques, l'équipe de France s'est rendue compte que la glorieuse incertitude du sport n'était pas forcément une légende et que la limite entre réussite et échec ne tenait décidément qu'à un fil.



