ZIZ S’AFFALA en face d’Onésime qui sirotait sa gentiane-cassis.

– Tu en fais une tête.
– Oui, j’ai une amie qui a des problèmes
– Quel genre d’amie ? ricana Onésime. Dès qu’Aziza a le dos tourné, tu la trompes. Elle est belle la fidélité des musulmans !
– D’abord, Aziza est loin ! Et croire que l’islam exige la chasteté est un fantasme d’Occidental. Le Coran accorde à tous le droit à une vie sexuelle.
– Surtout aux hommes ! susurra Onésime.
– Même les pudibonds mollahs iraniens, continua Aziz sans se laisser démonter, ont autorisé les veuves de la guerre en Irak à des mariages temporaires pour qu’elles ne se dessèchent pas dans la frustration
– Première nouvelle, répondit Onésime d’un air dubitatif.
– Tu as beaucoup à apprendre sur le sujet, rétorqua Aziz. Mais j’ai besoin de ton aide, peux-tu prendre le temps de m’écouter ?
Mon amie s’appelle Héloïse.
Lorsque la porte d’Héloïse s’ouvrit, Onésime eut une pensée silencieusement approbatrice pour les goûts de son ami en matière de femmes. Une couronne de cheveux roux bouclés entourait un minois digne de Renoir, et sa peau laiteuse était constellée de taches de rousseur qui lui donnaient l’air d’une charmante panthère.
– Alors, il paraît qu’un admirateur anonyme vous importune, déclara-t-il tout de go à la belle.
– Tous les soirs, quand je suis seule, dès que j’éteins la lumière, j’entends une voix chuchoter : « Héloïse, je t’aime ». Comme vous le voyez, il n’y a personne en face et Aziz a fouillé partout : pas de micro caché.

L’appartement, un immeuble de béton sur les hauteurs de Belleville, donnait sur Paris à perte de vue : pas de vis-à-vis avant les gratte-ciels de New York.
– Vos voisins, c’est quel genre ?
–Du genre bizarre, répondit Héloïse.
– À droite, il y a un obsédé des armes blanches, toujours en treillis. Il me fait froid dans le dos, mais ça ne veut rien dire.
Au-dessus, c’est un dingue de l’électronique, Il bosse pour une boîte de téléphonie mobile. Timide, mais du genre sournois.
En dessous, c’est un chômeur longue durée en déprime. Il n’ouvre pas ses stores et sort sans se raser. Pitoyable, mais replié comme un cloporte.
Je garde le meilleur pour la fin, continua Héloïse. À gauche, c’est un maniaque des sciences occultes. Quand je prends la trouille, je m’imagine que c’est lui qui me parle à travers les murs.
– Vous avez la santé pour vivre en telle compagnie, remarqua Onésime. Mais il est un peu tôt pour faire appel au surnaturel. Vous êtes dans votre chambre quand vous entendez des voix, non ? Montrez-moi ça.
Dans la chambre, Onésime constata que l’architecte avait été du genre qu’il honnissait : plus soucieux de géométrie que de confort. L’immense baie vitrée ne pouvait pas s’ouvrir. Pour aérer, on avait percé en haut de la vitre une ouverture munie d’un petit ventilateur.
– Je vois, grommela-t-il. Donnez-moi un escabeau et un tournevis. Je m’installe ici pour la nuit. Vous ne dormiriez pas les rideaux ouverts par hasard ?
– Comment l’avez-vous deviné ?
Il faisait maintenant nuit et Onésime était perché depuis des heures sur l’escabeau, caché dans l’encoignure du mur près de la fenêtre. Il avait sommeil, il avait des crampes et il entendait la douce respiration d’Héloïse.
– Merci, Aziz, de me faire faire le poireau à côté de ta poulette.
Soudain :
– « Héloïse, je t’aime ».
Onésime passa vite son bras par l’ouverture du ventilateur qu’il avait dévissé et tira un coup sec.
la solution
– Qu’est-ce que l’on ne fait pas avec l’électronique. Un fil avec un portable allumé au bout, qu’on descend juste en face du trou du ventilateur et on susurre dans un autre. Si j’étais vous, je fermerais les rideaux, ajouta Onésime avec un rire canaille, N’oubliez pas qu’il existe des portables caméras et des caméras à infrarouges.
Enfin, quand votre amoureux importun aura passé un quart d’heure dans le bureau d’Aziz, je parie qu’il déménagera.
Lucie Vaudelle