Europe Ibérique

Entre le poids d’un passé trop récent, la remontée des ordres moraux et la nécessité de faire entendre sa voix au sein de l’Europe élargie, cette région nous offre un cinéma d’une grande sensibilité, dont les chefs de file entraînent derrière eux toute une génération d’artistes prometteurs. Le maître Carlos Saura, auquel l’on doit Cria Cuervos et son mémorable refrain, « Porque te vas » chanté par Janett, est l’auteur d’une filmographie riche en musique et danse : ainsi, Salomé ou Tango résultent de véritables collaborations avec de grands musiciens, Tomatito, Roque Banos et Lalo Schifrin. Autre maître de ce cinéma qui sait mélanger images fortes et musiques prenantes, Pedro Almodovar est présent ici avec Talons aiguilles et Parle avec elle qui vibrent aux rythmes des chansons interprétées par des grandes divas telle que Luz Casal et Bau.

Comme Vengo de Tony Gatlif et Poligono Sur de Dominique Abiel, sur de la musique andalouse et du flamenco tsigane, nombre de ces films sont portés par les grandes traditions musicales populaires, parfois revisitées comme dans El gran Gato de Ventura Pons, un documentaire sur l’inventeur de la rumba catalane Javier Pérez. C’est à une autre « tradition », celle du western, que se réfère le cinéaste Alex de la Iglesia dans 800 balas : un Le Bon, la bête et le truand à l’espagnole, qui rend hommage à Ennio Morricone.

Relativement discret, le cinéma portugais commence à affirmer sa singularité. Dans A jangada de pedra (Un radeau de pierre) de George Sluizer d’après le roman du prix Nobel José Saramago, la péninsule Ibérique se détache littéralement de l’Europe et navigue dans l’océan, obligeant ses habitants à dialoguer et à réfléchir sur leurs relations avec le monde. Dying to go home de Carlos da Silva et George Sluizer déploient les relations complexes entre la diaspora portugaise et ses origines. De beaux fados bercent ces deux films ainsi que Tudo isto e fado (Tristesse de fado) de Luis Galvao Teles, une comédie policière et romantique qui se déroule entre Brésil et Portugal. Accompagné par la guitare portugaise d’Antonio Victorino d’Almeida, Capitaines d’avril de Maria de Medeiros évoque avec délicatesse et émotion la Révolution des Œillets d’avril 1974. Et Madredeus, au rayonnement international, signe la musique de Lisbon story, de Wim Wenders.

Mais au-delà de ces expressions classiques ou populaires, la musique électronique, avec Jose Padilla, l’un de ses chefs de file, dans El sueno de Ibiza d’Igor Fioravanti, marque également ce cinéma ibérique.