| Amérique latine : Brésil, Cuba Le retour du « cinema novo » brésilien, dont la gloire passée est aiguisée par les techniques et les enjeux contemporains, est l’indice d’un renouveau du septième art dans l’ensemble de cette région du continent latino-américain. Le Cité de Dieu, du jeune réalisateur Fernando Meirelles – également présent ici avec son premier film Domesticas, d’après Les Bonnes de Genet – est emblématique de ce cinéma dans lequel la musique, qui joue un rôle essentiel, sert un regard percutant sur la société des favelas. Dans la même veine, Bicho de Sete cabeças de la réalisatrice Lais Bodansky conduit le spectateur dans l’enfer de la famille et de l’institution, sur les accents de la merveilleuse guitare de Zeca Baleiro qui est considéré comme le successeur direct de Gilberto Gil. Devenu ministre de la Culture de son pays, cet immense musicien qui prône la diversité culturelle signe la bande originale de La Vie peu ordinaire de Dona Linhares d’Andrucha Waddington, l’histoire d’une femme d’exception, pleine de vie et de désirs. Désir et vitalité caractérisent également Madame Sata de Karim Ainouz, l’histoire vraie d’un truand de Rio, proxénète, père de famille et travesti qui interprète notamment une magnifique chanson de Marcos Suzano. C’est dans le même contexte que se déroule la comédie musicale Opera de Malandro de Ruy Guerra, l’histoire d’un cabaret pendant la Deuxième Guerre mondiale, où se déploie toute la sensibilité musicale propre au cinéma brésilien. L’exaltation de la samba alliée à la vivacité des batucadas est précisément l’objet du documentaire Moro no Brésil du Finnois Mika Kaurismaki, un captif amoureux de cette musique, qui trouve un écho également dans les trésors de la musique cubaine. Chantée par Lucrecia, cette musique latino dont la gaîté, la chaleur et le charme ne sont pas exempts d’une lucidité parfois cruelle, domine Balseros de Javier Solanas, un documentaire sur ces “gens des radeaux” qui fuient Cuba pour un avenir incertain. Dans Fenêtre sur l’âme de Joao Jardim et Walter Carvalho, un autre documentaire consacré au sens de la vision, Wim Wenders déclare « qu’on voit aussi avec nos oreilles ». Démonstration faite avec la musique du quartet international Uakti, dans le film poétique de Luiz Fernando Carvalho, À la gauche du père. Pour conclure ce parcours polyphonique, rencontres avec la musique électronique d’un monde contemporain - L’homme de l’année de Jose Henrique Fonseca, Narradores de Eliane Caffé ou O Invasor de Beto Brant – un monde cruel mais riche d’une mémoire et d’une tradition magnifiquement revisitées, qui est le cas également du Copacabana de Carla Camurati, chanté par Bia Pontes. |