Censuré dans son pays, l'écrivain algérien engagé dénonce les amitiés inattendues que nouèrent islamistes et anciens nazis.
Il n'a fait l'objet d'aucune fatwa, mais il se sent cerné. Passe encore la censure de son dernier roman - il s'est habitué à l'ostracisme depuis l'interdiction qui a frappé, en 2006, son essai Poste restante: Alger - mais ce sont toutes ces lettres anonymes, ces intimidations permanentes qui poussent aujourd'hui Boualem Sansal, 58 ans, à songer, pour la première fois depuis ses débuts d'écrivain, avec le très remarqué Serment des barbares, en 1999, à quitter l'Algérie. D'autant que sa présence au dernier Salon du livre de Paris - il sera également à Saint-Malo, du 10 au 12 mai - n'a pas amélioré son image de «traître».
Avec Le Village de l'Allemand, l'ex-haut fonctionnaire algérien s'est attaqué, il est vrai, à un sacré tabou: la participation d'anciens nazis à la formation de valeureux militants du Front de libération nationale (FLN). Plus généralement, Sansal pourfend le mutisme total de l'Algérie face à la Shoah et les méthodes «très IIIe Reich» des islamistes d'aujourd'hui. A cela s'ajoute une description inquiétante de la mainmise des «barbus» sur les banlieues françaises.
Mais qu'on ne se méprenne pas: Le Village de l'Allemand, auréolé du prix RTL-Lire, est avant tout un roman épatant, diablement bien construit. Où l'on suit, à travers leurs journaux respectifs, l'enquête des deux frères Schiller (Français nés de père allemand et de mère algérienne) sur les traces de leur géniteur, dont ils viennent d'apprendre, peu après son exécution par le Groupe islamique armé, le passé criminel. Le vénéré Cheikh Hassan n'était autre qu'un ingénieur chimiste fort actif dans les camps de concentration.
Comment vivre après une telle révélation? Effroi, doute, révolte, culpabilité, suicide... toute la gamme des sentiments est ici admirablement reproduite.