Souvenez-vous, la rumeur a couru tout l'été: Sarkozy raflera le prix Goncourt. Eh bien, c'est fait! Mais pas vraiment comme on s'y attendait. Certes, les jurés Goncourt ont eu la bonne idée de contrer dès sa parution l'exercice de courtisanerie littéraire de Yasmina Reza, L'Aube le soir ou la nuit (Flammarion), récit d'une année passée à côtoyer le futur président. Exit Sarkozy? Non. Car en couronnant Alabama Song (Mercure de France), de Gilles Leroy (dont L'Express a dit tout le bien que l'on pouvait en penser dans cette chronique le 11 octobre dernier), ils consacrent les valeurs mêmes du sarkozysme triomphant: en effet, Fitzgerald (héros de ce Goncourt 2007) est bel et bien la figure qui obsède notre président, des fastes mondains qu'il orchestra aux ruptures sentimentales qu'il vécut.
Le premier à s'en apercevoir aura été l'éditeur Claude Durand, charismatique patron des éditions Fayard. Lorsqu'il commanda, dans le plus grand secret, aux journalistes Ariane Chemin et Judith Perrignon le récit détaillé de la fameuse Nuit du Fouquet's(Fayard, 126 p., 12 euros, en librairie depuis le 2 novembre) qui vit la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, il leur donna ce conseil: «Je voudrais que vous me racontiez cette nuit à la manière de Fitzgerald.» Et c'est une citation de Fitzgerald, superbe et fort à propos, qui ouvre l'enquête des deux journalistes: «... quand des morceaux de verre passent pour des diamants et le stuc pour de la pierre». La Nuit du Fouquet's raconte (trop?) brièvement le triomphe de la France bling-bling. Celle des montres trois cadrans en acier et des people au bras desquels on se fait photographier.
Et Gilles Leroy, dans tout cela? Il décrit ce que Fitzgerald dénonça tout en y cédant: la supercherie, les faux-semblants, ce qui brille. Leroy romance l'histoire d'amour de Scott et Zelda, leurs ruptures et leurs oeuvres communes. Et si le sarkozysme n'était, en réalité, qu'un fitzgeraldisme?