La Californie désenchantée d'une jeune New-Yorkaise venue y chercher le paradis. Et le bonheur de redécouvrir Paula Fox.
A 84 ans, Paula Fox est une rescapée. Sans la miraculeuse intervention de quelques inconditionnels comme Jonathan Franzen, elle serait toujours dans les oubliettes de la littérature américaine, où elle sommeillait depuis deux décennies. C'est donc un bonheur de redécouvrir cette styliste délicate, cette moraliste qui taille ses chemins dans l'inextricable forêt de la condition humaine. A cause d'une enfance miteuse, Paula Fox a passablement galéré - orphelinat, foyers improvisés, études bâclées, rêves en jachère - et ce n'est que vers la quarantaine qu'elle s'est frottée à l'écriture. En posant, d'emblée, la question qui hante toute son oeuvre: comment la société s'y prend-elle pour nous expédier au tapis, corps et âme, lorsque nous ne sommes pas préparés à l'affronter?
Les héroïnes de Paula Fox sont des proies souvent fragiles, et elles ravalent leurs larmes dans l'escalier de service d'un monde qui les condamne à être des ombres. C'est le cas, dans Côte Ouest, son nouveau roman, d'Annie Gianfala, 17 ans, une môme qui rêve de chaparder quelques miettes de bonheur. Un jour de l'hiver 1939, poussée hors de New York par des vents cruels, cette gamine mettra les voiles en direction de ce qu'elle croit être un pays de cocagne - la Californie. Mais le paradis, sous le pinceau de Paula Fox, est toujours une géhenne, et son héroïne s'y brûlera un peu plus les ailes, passant de petits boulots en piaules minables, tandis qu'à quelques coudées la citadelle hollywoodienne reste tristement inaccessible... Paru en 1972, aux Etats-Unis, Côte Ouest est une merveille de compassion, la poignante complainte d'une routarde en quête d'étoile dans une Amérique qui tremble encore sur les décombres de la Grande Dépression.