Pierre-Louis Basse ressuscite la finale mythique du 200 mètres aux JO de Mexico en 1968. Et le poing levé face à la bannière étoilée.
C'était avant les jeux du cirque, à l'époque où les héros de la piste cendrée ne se prenaient pas encore pour des vedettes... C'était il y a des années- lumière. A Nanterre, en cette nuit du 16 octobre 1968, Pierre-Louis Basse, minot de 10 ans, regarde exceptionnellement la télévision en compagnie de son père, Yves, professeur de gym. Point d'orgue - après le 100 mètres - des Jeux olympiques de Mexico, la finale du 200 mètres déroule sa dramaturgie devant les yeux ébahis du père et du fils.
Dans le dernier virage, Tommie Smith, l'enfant des champs de coton du Texas, opère une accélération fulgurante. Sa foulée devient magique, l'athlète ne touche plus le sol et franchit la ligne, les bras en croix, devant l'Australien Peter Norman et l'Américain John Carlos. 19 secondes 83 centièmes de course que, plus tard, Pierre-Louis Basse, devenu journaliste sportif, scrutera en boucle. Comme il ne cessera de contempler le coup d'éclat des deux Noirs américains sur le podium, tête baissée et poing levé lors de la montée de la bannière étoilée, réglant leurs comptes pour l'éternité.
1968, la France s'ennuie et le monde s'embrase, de Nanterre à Prague en passant par les ghettos de Los Angeles. 1968, année électrique, scandée par les Beatles, Leonard Cohen, Jimi Hendrix. Vingt petites secondes et le journaliste-écrivain d'Europe 1 revisite l'Histoire. A coups de ralentis et d'arrêts sur image, l'homme de radio décompose la finale d'anthologie et son époque. Tendre, enlevée, vive... la plume de Basse se fait enchanteresse. Le livre refermé, une seule envie: revoir, sans fin, à notre tour, la foulée aérienne de Tommie.