Le journaliste écrivain fait parler le portrait de la baronne Betty de Rothschild peint par Ingres. Un tour de magie effectué de main de maître.
Janvier 1840, rue Laffitte, à Paris. La baronne Betty donne l'un de ces fastueux bals dont les Rothschild sont coutumiers.
Pas un membre éminent du faubourg Saint-Germain, du faubourg Saint-Honoré et de la chaussée d'Antin ne manque à l'appel. Alors que les convives valsent sur les airs de l'orchestre mené par Johann Strauss, deux hommes conversent dans un coin: Dominique Ingres et Pierre Assouline.
Tous deux ont été sollicités par l'épouse du banquier James de Rothschild. Le premier pour exécuter son portrait, le second pour tenir son journal. Si, enthousiaste, Assouline a tout de suite accepté, Ingres se fait prier: «Je ne suis tout de même pas rentré d'Italie pour peindre des portraits mondains!» Il finira, de guerre lasse, par accéder à la requête de «la plus grande juive des temps modernes», comme on la qualifiait à l'époque. Son tableau, achevé en 1848, ne quittera plus les lambris des demeures rothschildiennes - à l'exception notable des funestes années 1941-1945.
Assouline, donc, ne perd plus Betty de vue, l'accompagne en son splendide château de Ferrières, assiste au combat victorieux de James contre les Pereire, souffre avec le clan Rothschild des piques antisémites des frères Goncourt, savoure la présence des habitués de la rue Laffitte, Chopin, Rossini, Littré... Bref, il entre dans l'intimité de ce couple singulier que forment Betty l'Autrichienne et James, son oncle parisien, tous deux nés Rothschild.
Redevenons sérieux. Le journaliste, biographe à succès (Dassault, Gallimard, Simenon, Camondo...) et formidable enquêteur, n'a jamais dansé avec la baronne. En revanche, Ingres et lui se sont bien côtoyés, se partageant les rôles. Au peintre de livrer le corps de Betty et à l'écrivain de lui donner une voix.