Elle fut la déesse des années 1920. L'Icône d'une Idole. L'Idole, c'était Francis Scott Fitzgerald, petit lieutenant yankee convaincu qu'il deviendrait le plus grand écrivain de sa génération. L'Icône, ce fut Zelda Sayre, une Southern Belle, un garçon manqué, une tornade dévorée par l'ennui et qui rêvait d'une vie de paillettes, de gloire et de célébrité.
L'extravagante histoire qui unit vingt années durant Scott et Zelda vient de trouver son chantre en Gilles Leroy. Dans un roman nerveux, sensible, écrit à fleur de peau, Leroy raconte la douleur d'une femme qui, pour être devenue la muse d'un génie, descendit lentement vers les Enfers. Médicaments, alcool, morphine... Zelda sombre peu à peu dans le délire, tandis que Scott s'abîme dans l'ivresse. Le feu crépita l'espace de quelques années - les bains dans la fontaine d'Union Square, les parties dans les grands hôtels de Manhattan... - puis un monde de cendres enveloppa Zelda. Gilles Leroy retourne ces cendres. C'est touchant. Parfois trop éloigné de ce que l'on sait de la véritable histoire, mais ce livre est un roman, pas une biographie.
Oublions donc les carnets de Fitzgerald et l'unique ouvrage de Zelda, Accordez-moi cette valse. Alabama Song traite en réalité un sujet plus grave, plus universel: vivre avec un créateur, est-ce possible sans que cela tarisse sa propre ardeur créative? Gilles Leroy fait dire à Zelda: «Scott ne m'a laissé aucune chance, jamais. Il s'est plutôt acharné à griller mes chances.» Peut-être. Il imagine un Scott plagiaire, n'hésitant pas à signer de son nom les nouvelles écrites par Zelda au prétexte que les journaux le réclamaient, lui, l'Idole. Ce «vol» (on n'avait pas encore inventé le «plagiat psychique» en ces temps-là) a-t-il précipité Zelda vers sa folie? Leroy ne tranche pas. Il fait surgir un problème plus profond, plus tragique: pourquoi accepte-t-on l'empire et l'emprise d'un compagnon jaloux et névrosé? Dans ce beau roman, il apporte une réponse. Parmi d'autres.