Une Franco-Américaine raconte son année passée à préparer le concours d'anglais. Plongée dans un système aberrant.
Absurde, inadapté, discriminant. Et dramatiquement drôle. Ainsi apparaît le système universitaire français vu à travers les yeux mi-candides, mi-incrédules d'une Américaine.
Alice, née dans l'Arizona mais installée depuis vingt ans en banlieue parisienne, diplômée d'HEC, mère de deux filles, décide, le jour où Euro Disney la licencie de son poste de cadre dans l'informatique, de passer l'agrégation d'anglais. Enseigner sa langue maternelle, bénéficier de la sécurité de l'emploi et reléguer le concept d' «heures sup'» au rayon des mauvais souvenirs: l'idée la remplit d'aise. Elle aussi, comme 1,3 million de «vrais» Français, va pouvoir devenir fonctionnaire de l'Education nationale. Le rêve.
«Le premier jour de classe, je me présentai au 18, rue de la Sorbonne, excitée comme une vierge le jour de sa nuit de noces, et à peu près aussi bien informée.» Neuf mois plus tard, Alice est définitivement déniaisée. Ses emportements enthousiastes ont laissé la place à une amertume teintée de paranoïa. L'accouchement s'est fait dans la douleur. Physiquement, elle s'est contorsionnée sur des bancs d'amphi apparentés à des instruments de torture - trop durs, trop bas - et a sué sang et eau dans des salles de cours surchauffées - «J'étais aussi fraîche qu'un sachet de thé après trois heures dans l'eau chaude», écrit-elle au lendemain de la rentrée. Mais la vraie claque est psychologique: elle obtient 0/20 à sa première version, et 4/20 en thème, avec pour commentaire «grammaire peu sûre».
A travers le récit autobiographique de Laurel Zuckerman, c'est l'ensemble du «mammouth» - pour reprendre l'expression de Claude Allègre, ministre de l'Education nationale de 1997 à 2000 - qui est épinglé. Les enseignants sont décrits comme prétentieux; les futurs profs, obsédés par le concours et l'acquisition d'un savoir étranger à toute notion de pédagogie, parlant à peine anglais, régurgitant bêtement des dissertations «agrégationnellement correctes». L'ensemble du système est décrit comme un rouleau compresseur où «l'échec est parfaitement intégré», qui produit «plus de déchets que l'industrie minière». Une machine à broyer qui rejette tout ce qui ne lui ressemble pas et reproduit ses élites d'une manière morbide.
Le constat, sévère, a d'autant plus de poids qu'il est dressé par une Française d'adoption, à la fois impliquée (elle a raté le concours de 4 points) et extérieure. On rit beaucoup et on se dit qu'il est décidément urgent de réformer le système.