Onze histoires et... onze enterrements! Brigitte Giraud met le couple à nu. Avec pudeur et simplicité.
Les histoires d'amour finissent mal, en général. Et en particulier dans ce livre magnifique de Brigitte Giraud, recueil de onze nouvelles dont chacune raconte la fin d'un couple. Fin choisie ou subie, fin prévisible ou accidentelle. Le texte consacré à la mort de Marie Trintignant, «L'été de l'attente», est sans doute l'un des plus sensibles, l'un des plus justes qui aient été écrits sur le sujet: «La nouvelle tombe et on se sent si proche. On n'est pas une star, on va travailler tous les jours. On va au cinéma, on achète des disques. On fait les soldes. On n'est pas une star, on mange parfois à la cafétéria des Galeries Lafayette et on se sent si proche.» Dans L'amour est très surestimé, un titre emprunté à une chanson de Dominique A., il n'est question que de cela: la mort de l'amour, la mort d'un amour.
Et pourtant, Brigitte Giraud n'est jamais dans le pathos ni dans le cliché. Ses phrases sèches, ses mots simples, sa pudeur disent l'essentiel. Lequel, c'est bien connu, n'apparaît jamais aussi bien que dans les détails: des gestes de tendresse qui remplacent subrepticement la fougue des débuts et transforment peu à peu les amants ardents en Pimprenelle et Nicolas («La fin de l'histoire»); l'importance de refaire la salle de bains ou de choisir les cadeaux de Noël alors qu'il s'agit de signer l'acte de décès conjugal («Le jour et la nuit»); la maladresse de ceux qui ont perdu l'habitude d'aimer et d'être aimés («L'habitude»); l'impossible répartition des mille et une choses acquises en commun («Les objets»). Quant à la nouvelle sur les avantages supposés de la garde alternée, «Dire aux enfants», elle enfonce joliment le clou de la culpabilité.
Auteure remarquée de Nico et de Marée noire, notamment, Brigitte Giraud n'a pas son pareil pour radiographier ces ratages familiers de l'amour, qui disent aussi la fragilité de tout un chacun.