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l'actualité littéraire
La vie secrète de E. Robert Pendleton
Michael Collins
Edition Christian Bourgois


Il court, il court, depuis qu'il a quitté son Irlande natale et écrit pour se retrouver. La littérature est l'héroïne de son nouveau roman

C'est un marathonien redoutable, mais également un virtuose de la varappe. Il s'est attaqué à l'Everest et aux plus hauts sommets, a participé à de prestigieuses compétitions en Alaska, au Sahara ou au Népal. Irlandais pur muscle, Michael Collins - 42 ans - est aussi un athlète de la littérature. Mangeur de vent et avaleur de mots. Tout ça, explique-t-il, pour dévorer l'inconnu, aller au-delà de ses limites, et «narguer la mort». Il n'est donc pas un romancier comme les autres mais, avec son minois de black angel, une sorte d'exorciste qui court pour se fuir et écrit pour se retrouver. Quand on le lit, on le sent traqué, menacé, comme à cette sombre époque où, à 19 ans, il quitta Limerick, sa ville natale, et s'embarqua clandestinement pour les Etats-Unis. «J'étais triste et malade, je ne faisais que bosser et dormir. Une année de galère», raconte Collins, qui abandonna bientôt ses petits boulots et ses hôtels miteux de New York pour rentrer en Irlande. Avec une seule idée en tête: repartir...

Et lorsque, au début des années 1990, il se retrouva dans un bureau d'informaticien à Seattle, chez Microsoft, il sut qu'il avait échappé au pire. Casé? Non, jamais. Car Collins allait de nouveau rechausser ses rangers, s'évader et crapahuter au bout du monde dès qu'il aurait quelques jours de loisir. Restait à faire le grand saut: devenir écrivain, pour explorer la terra incognita de nos âmes. Dès son premier roman - La Filière émeraude, confession autobiographique d'un clandestin égaré dans l'Amérique des marginaux - Collins a prouvé qu'il était de la trempe des Raymond Carver et autres John Fante. Ensuite, avec Les Gardiens de la vérité, il brossait le pathétique tableau d'une bourgade enlisée dans l'ennui le plus glauque, entre motels et fast-foods, au cœur du Middle West. Et l'on ne changeait pas de décor avec Les Profanateurs: l'Irlandais volant y décrit une Amérique déshéritée où les clochards célestes chers à Kerouac ont passé le relais à de jeunes décavés qui foncent vers l'abîme sur l'asphalte des freeways, les poches pleines d'amphétamines.

Spéléologue de nos ténèbres, Collins fait preuve d'une tendresse magnifique pour ses personnages. Mais jamais pour le pays où ils pataugent lamentablement. «C'est une terre dangereuse, qui manie le double langage aussi couramment que les armes. Une terre d'abandon, de désespoir borné, trop ignorante pour être triste», dit-il. Dans son nouveau roman, La Vie secrète de E. Robert Pendleton, il est toujours aussi caustique. Et s'en prend, cette fois, au microcosme universitaire - «vénérable berceau de la médiocrité» - en mêlant satire et polar.

Un meurtrier, Robert Pendleton?
Son héros, Robert Pendleton, vient de rater son suicide et n'est plus qu'une épave clouée à un fauteuil roulant. Plagiaire à ses heures, plumitif complexé, ce professeur de l'université de Bannockburn en a soudain eu marre de la vie, marre de ses collègues, marre d'écrire des bouquins qui sont illico passés aux oubliettes. Le voici donc délivré, et plongé dans un coma dont il ne sortira plus. Dans sa maison, un ange gardien - son ancienne élève Adi, «la muse du campus» - veille sur lui tout en classant ses archives, parmi lesquelles sommeille un mystérieux roman qu'il avait publié à compte d'auteur dix ans auparavant: une histoire macabre où il raconte le calvaire d'une fillette de 13 ans, assassinée puis dépecée par un monstrueux psychopathe. Une fiction? Pas sûr. Car Adi découvrira que ce roman a de nombreux points communs avec un meurtre bien réel mais jamais élucidé, celui d'une adolescente de la région... Robert Pendleton est-il le coupable? On le saura au terme d'une remarquable enquête, où Collins prouve qu'il peut aussi chasser sur les terres de James Ellroy et de Stephen King. Tout en restant le chroniqueur d'une Amérique comateuse qui dissimule ses blessures sous l'étouffoir de secrets trop lourds.

André Clavel
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