Le Mai du livre d’art
Chaque année, le Mai du livre d’art met à l’honneur une sélection d’ouvrages, fruits du travail et de la passion d’une cinquantaine d’éditeurs. Tout au long du mois de mai, de nombreux rendez-vous seront proposés au public, à Paris et en région : dédicaces d’auteurs, conférences, débats, colloques, animations jeunesse. Mais à l’occasion des 20 ans de l’événement, pour la première fois et pour s’ouvrir à un nouveau public, un Salon du Mai du livre d’art sera organisé le samedi 17 mai dans un lieu emblématique parisien, à l’occasion de « La Nuit des musées ». Un événement pour rendre le livre d’art plus accessible à tous !
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l'actualité
littéraire
Absent de Bagdad
Jean-Claude Pirotte Edition La Table ronde
L'un des plus beaux écrivains de langue française est belge. Jean-Claude Pirotte, né à Namur, établi dans le Jura (où l'on fait donc du vin et de la bonne littérature), signe un long poème en prose aux accents baudelairiens. Absent de Bagdad (la Table ronde, 144 p., 14 euros) administre de façon magistrale la preuve que les écrivains savent mieux que quiconque dire le monde, l'éclairer et en préserver les mystères. Sur les horreurs commises à Abou Ghraib, éditorialistes et reporters ont beaucoup glosé; la parole est maintenant aux poètes. Pirotte se glisse dans la tête d'un prisonnier. Un homme dont on ignore tout, puisque lui-même ne sait plus qui il est, ravalé au rang d'animal par des geôliers qui ont abdiqué leur identité en acceptant de pratiquer la terreur au nom de la démocratie. Dans ce texte superbe, poétique et politique, Pirotte renvoie dos à dos les deux fondamentalismes qui, selon lui, déchirent la planète: l'islam intégriste et la démocratie dévoyée. Leur point commun? L'absence de doute. Le monologue intérieur de ce figurant muet, humilié dans un cul-de-basse-fosse, est aussi le texte le plus autobiographique du grand Pirotte. En effet, nul mieux que lui ne pouvait dire ce que ressent un innocent lorsqu'on le précipite, du jour au lendemain, dans un cachot gardé par des imbéciles. Jadis, Pirotte fut avocat. Condamné pour un crime qu'il n'avait pas commis, il prit la fuite. Cinq années de cavale. Il voyagea. En Turquie, il devint Muslum, c'est-à-dire «celui qui s'est rendu à Allah». Il découvrit Ibn Arabi et le soufisme. Lut beaucoup, écrivit plus encore. Jamais Pirotte n'a vraiment raconté ses années de vagabondage - l'autobiographie, très peu pour lui... Mais en chuchotant ce qui traverse l'esprit d'un homme arrêté au hasard, simplement parce qu'il se trouve à Bagdad, il signe, outre un texte majeur sur l'actualité, une confession en bonne et due forme.
François Busnel
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