Quittant la direction de la caisse d'assurance-maladie de Nantes, Claude Frémont revient sur son combat contre les fraudes. Rude bilan d'adieu
Le «Zorro de la Sécu», comme il se fait lui-même appeler, livre ses Mémoires en guise de pot de départ. Claude Frémont a quitté la direction de la caisse primaire d'assurance-maladie de Nantes le 1er octobre. Après trente ans passés à traquer les fraudeurs, la forte gueule a décidé de l'ouvrir par écrit, avant de la fermer une bonne fois pour toutes. Son livre, Adieu Sécu (Le Cherche Midi), est disponible en librairie ce 5 octobre.
On y découvre l'histoire de ce kiné voyou qui piquait les ordonnances de ses confrères généralistes pour facturer à la Sécu de fausses consultations - un classique, apparemment. Et comment Claude Frémont demanda, et obtint, le remboursement des 30 000 euros d'indemnités versées à un joueur de l'Olympique de Marseille blessé lors d'un match de foot. Moins courant. Au fil de son récit, tissé de faits réels, l'ancien directeur dénonce les imperfections patentes de l'assurance-maladie à la française. Sa gestion, d'abord, paritaire dans les textes mais pilotée par l'Etat et télescopée par les guerres politiques dans la réalité. Son «trou», ensuite, tant décrié et jamais traité. Pas moins de 20 plans de sauvetage n'ont pas réussi à en venir à bout. Plus grave, on nous ment sur son ampleur. En dix ans, dénonce-t-il, quelque 90 milliards d'euros ont été purgés des comptes de la Sécu grâce au transfert de ses dettes à la Caisse d'amortissement de la dette sociale, créée en 1996 par Alain Juppé et utilisée par tous ses successeurs.
Pour Claude Frémont, au tableau des réformes ratées, la dernière en date, celle de Philippe Douste-Blazy en 2004, tient la corde. Certains lecteurs trouveront la charge un peu facile. Voire présomptueuse - l'autobiographie flirte ici souvent avec l'hagiographie. L'auteur ne doute pas de sa valeur et relate, dans le détail, chacun de ses exploits. Mais il ne manque pas non plus d'humour sur son cas personnel. Et sa ténacité vaut bien quelques médailles.