En 240 pages, Serge Joncour entend traiter de la dérive des médias, de la grippe aviaire, de Bush, de la Chine... Trop et trop peu!
Savamment distillée, la rumeur est née dès juillet. Serge Joncour - auteur, depuis Vu, en 1998, de quatre romans sympathiques et gentiment grinçants plusieurs fois primés - serait l'une des bonnes surprises de cette rentrée littéraire. Attentifs, nous nous ruâmes donc sur Que la paix soit avec vous, qui, malgré son titre, eut le don de nous mettre en pétard.
L'argument du livre en vaut un autre: en 2003, dans un immeuble chargé d'histoire et en pleine «rénovation», un homme seul, rêveur et marginal, regarde à la télévision les grandes manœuvres de la guerre en Irak. Entre missiles et marteaux-piqueurs, plusieurs mondes s'écroulent sous ses yeux, tandis que dans l'appartement voisin s'agitent des fantômes du passé.
Tout cela serait parfait si Joncour n'avait décidé, en un peu plus de 200 pages, de traiter du sort des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, des dérives de la télévision, de la crise d'identité de la société occidentale, de la rapacité des promoteurs immobiliers, de la grippe aviaire, des méfaits de George Bush et, bien sûr, de l'inquiétante montée en puissance de la Chine...
Maniant et mélangeant des idées trop larges pour lui, Joncour s'empêtre du coup dans un style sentencieux, bourré de subordonnées à rallonge et de fortes pensées du genre: «Qui ne se dénonce pas devient l'horloge de son propre remords»; ou encore: «Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera.» Pour sûr, Serge! Passons rapidement, par charité, sur les clichés - «La toiture est ondulée comme une mer» - et les lieux communs - «L'Histoire, c'est ce grand album de famille où chacun cherche à se reconnaître.»
Il aurait fallu la légèreté d'un Delerm, le style délicat d'un Holder pour réussir ce livre. Naguère, Joncour lui-même en aurait été capable. Là, même ses personnages n'existent pas. Que de bruit pour rien!