La passion obsessionnelle et fantomatique d'un homme pour une star du cinéma muet. Didier Blonde sonde les mystères des images et des sentiments.
Grand amateur de cinéma muet, Didier Blonde a bien compris qu'une histoire d'amour était toujours une affaire de silence. Un jour, l'auteur est tombé, aux archives Gaumont, sur un curieux manuscrit rédigé en 1974 par un certain Jean D. Dans ce «testament amoureux», le vieux monsieur narrait sa passion jamais démentie pour une femme décédée le 28 août 1920, à l'âge de 27 ans, dans un accident de voiture. Elle s'appelait Suzanne Grandais et était une grande star du cinéma français du début du xxe siècle.
Le 7e art «ouvrait des yeux émerveillés sur le monde»
Née Suzanne Gueudret, cette égérie de Louis Feuillade fut à l'affiche de nombreux succès aujourd'hui oubliés, tels que Le Chrysanthème rouge ou Le Homard. A cette époque, le 7e art «ouvrait des yeux émerveillés sur le monde et semblait n'avoir été inventé que pour célébrer la beauté des femmes dans la poésie de la lumière et du vent». Un dimanche de 1912, Jean, adolescent qui travaille «comme commissionnaire dans la petite entreprise de son père», entre au Tivoli-Cinéma pour voir La Lumière et l'amour, de Léonce Perret. Le garçon découvre alors sur l'écran le visage de l'actrice. C'est le coup de foudre. «A partir de ce jour-là, ce qui n'aurait dû être qu'un premier éveil du désir et un prélude à une vie sentimentale devient une obsession», qui ne s'achèvera qu'à la mort de Jean D., en 1987.
Au-delà du récit de cette passion fantomatique (inspiré par le manuscrit), Didier Blonde cherche à percer, dans Un amour sans paroles (titre clin d'oeil aux Mots bleus, de Christophe), le mystère de notre fascination pour l'image et la mécanique des sentiments. Il le fait à travers une investigation vertigineuse, qui nous rappelle que, si la caméra vampirise le corps des acteurs, elle leur offre en retour une forme d'immortalité.