Peut-on vivre sans conviction? Devenir adulte sans modèle? Une parabole tout en finesse signée Jean-Marc Roberts.
Avec ses éternels jeans et chemise bleue, l'éditeur Jean-Marc Roberts a l'art de se simplifier la vie. Le romancier Roberts, lui, préfère opter pour le poil à gratter, creusant, depuis quelque trente ans, à travers des livres largement autobiographiques, là où ça fait mal. Cette fois-ci, l'exercice, quoique en apparence moins personnel, est tout aussi délicat. Dans La Prière, l'auteur d'Affaires étrangères entend en effet donner matière au flottement, incarner le désabusement ou encore faire verser des larmes sans ruissellement.
Son héros, Antoine Risser, est l'apôtre du non-engagement. Homme sans repères, ce Parisien de 52 ans s'adapte - mollement - aux circonstances. Médecin plus qu'imparfait, mari mal aimé, amant furtif, juif indécis, Antoine navigue à vue. Seule passion inflexible: son fils, Paul, auprès duquel il s'empresse maladroitement, lui dont le propre père, surnommé «l'Américain», brille plus par les absences que par les attentions. Entre Paris, Londres et New York, au gré des attentats terroristes qui scandent cette fin de siècle, le Docteur sans conviction traverse à pas de loup son existence. De l'autre côté du Channel, pourtant, un personnage a réussi à l'émouvoir: Naima, femme de ménage, d'origine marocaine, au Carlton, surprise un jour en train de faire sa prière. Elle aura une fille, Feriel, brillante professeur, aux convictions chevillées au voile.
Feriel ou l'exact contraire d'Antoine, avec son engagement absolu et sa foi débordante. Le combat est inégal, Roberts en convient, ciselant une chute spectaculaire à son bref roman, parabole à la fois grave et légère d'un monde déboussolé et d'une actualité qui impliquent chacun de nous, à notre corps défendant.