Petite-fille de Louis XV, Isabelle de Bourbon-Parme aimait la philosophie... et sa belle-soeur. Elisabeth Badinter publie sa correspondance très crue.
Quel filon! Elisabeth Badinter a eu la main heureuse en enquêtant sur la famille de Parme. En mars dernier, elle publiait un passionnant petit ouvrage sur L'Infant de Parme (Fayard), «cobaye» rétif à la philosophie des Lumières. Aujourd'hui, elle nous livre l'étonnant portrait de sa soeur, Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763), ou la face lumineuse de cette même éducation.
Belle, intelligente, spirituelle, authentique intellectuelle, philosophe aux quatre cultures (espagnole, française, italienne, allemande)... rarement princesse aura possédé autant de dons. On se plaît à imaginer l'aura que cette jeune femme aurait acquise dans toutes les cours d'Europe si elle n'avait succombé, à moins de 22 ans, à une méchante petite vérole. Une courte vie, donc, que la petite-fille de Louis XV et de Philippe V d'Espagne aura mise à profit pour se marier au futur empereur Joseph II d'Autriche, écrire plusieurs traités et, surtout, éprouver un amour flamboyant pour sa belle-soeur, l'archiduchesse Marie-Christine, entre palais de Hofburg et château de Schönbrunn.
C'est dans ce décor à la Sissi qu'Isabelle, en esprit décidément libre, brûla de passion pour sa «Mimi», sa «Laurette», sa «consolation», sa «chère soeur» ou encore son «cher ange», comme en témoigne l'édifiante correspondance dénichée par la spécialiste des Lumières dans les Archives de Budapest: ces 194 lettres adressées, entre 1760 et 1763, à Marie-Christine (dont les réponses ont malheureusement disparu) et jalonnées de belles crudités - aussi bien scatologiques que sexuelles - rappellent que le xviiie siècle n'avait ni les mêmes pudeurs ni les mêmes tabous que notre époque. Cette Isabelle enflammée, extirpée des oubliettes de l'Histoire par Elisabeth Badinter, en est l'illustration parfaite.