Passionner le néophyte, ravir l'érudit: c'est le pari de la Brève Histoire de la philosophie de Roger-Pol Droit.
Introduire à la philosophie, expliquer ce qu'est cette activité née en Grèce vers 600 ans avant notre ère, qui a survécu au développement des sciences, au désenchantement du monde et à tous les scepticismes n'est pas une mince affaire. Agrégé de philo, auteur d'ouvrages de vulgarisation, Roger-Pol Droit vient de réussir cette gageure avec sa très sérieuse mais allègre Brève Histoire de la philosophie, qui passionnera le débutant et ravira le philosophe aguerri.
La réussite tient dans la méthode: en partant de ce qui semble le plus difficile, Roger-Pol Droit va droit à l'essentiel. Pourquoi Aristote est-il si terre à terre et Montaigne si filandreux? Pourquoi Hegel est-il si lourd et Voltaire si léger? Puisque c'est au style des philosophes que le lecteur le plus souvent achoppe, l'auteur en fait une clef de lecture des oeuvres, le lieu où une idée rencontre une sensibilité, un corps, une histoire: le philosophe aussi a ses humeurs.
En parcourant ce livre d'une honnêteté exemplaire - où Augustin le Père de l'Eglise est aussi bien servi que Diderot le matérialiste - on s'amuse à relever les infimes préférences et les discrètes audaces: introduire Descartes par le thème des passions et non par celui de la science; voir dans les Lumières non l'avènement d'une raison sûre d'elle-même mais son premier ébranlement; défendre farouchement la présence de Voltaire et de Montaigne au banquet, malgré leur dilettantisme apparent; y convier le discret Tocqueville, fin observateur du Nouveau Monde, et l'asseoir entre Hegel et Marx. A distance des clans et des écoles, cette histoire lumineuse vérifie une vérité qui l'est tout autant: pour comprendre les grands philosophes, il faut d'abord les aimer, sans parti pris, en oubliant les adjectifs trompeurs (épicurien, cartésien, etc.) qui dissimulent des aventures humaines souvent admirables de courage et de cohérence.
et aussi Où sont les ânes au Mali? Seuil, 12 euros.