Mégaseller à l'instar d'un Levy ou d'une Nothomb, Jean-Christophe Grangé a su donner un souffle au roman policier français. Ce qui n'exclut pas les ratés...
Jean-Christophe Grangé: rubrique Succès. C'est sa place, et rien ne l'en fera bouger. Pas même une mauvaise critique - ce que l'on se propose d'écrire ici et maintenant. Depuis dix ans et Les Rivières pourpres, son deuxième roman après Le Vol des cigognes, Grangé s'est construit une image d'auteur grand format et n'a pas hésité à lorgner vers les Etats-Unis, là où l'intrigue s'emmêle, rebondit, tournicote, digresse et, parfois, se redresse au bout de 400 pages. Minimum.
On sait d'ailleurs gré à Grangé d'avoir ouvert le champ de la littérature policière française en donnant une grande claque à ceux qui s'obstinaient encore à creuser la veine politique et sociale du genre tricolore avec si peu de talent qu'ils finissaient par l'épuiser. Non que Grangé soit le plus grand écrivain du monde; au moins sait-il construire un récit et multiplier les péripéties. Sans, malheureusement, toujours réussir à détricoter les invraisemblances dont il s'obstine à truffer ses histoires. Malgré le succès, donc, on est encore en droit d'espérer qu'il mette ses qualités au service d'autre chose que l'élaboration d'un univers fantastico-historico-polardo-ridiculo.
Cette fois, il est question de crimes perpétrés par des enfants chanteurs qui auraient découvert le son qui tue grâce au travail incessant des descendants d'anciens nazis ayant fait leurs armes au Chili sous Pinochet avant de venir créer une secte en France. Si, si: c'est le résumé de Miserere. Et l'on entrevoit déjà les artifices déployés par l'auteur pour faire tenir ce machin abracadabrant qui s'étire en longueur. De mémoire, la dernière fois que le cri qui tue a fait des siennes, c'était grâce au Dr Benjamin Justice dans les pages de Pif Gadget. On serait réellement navré que Grangé vire, lui aussi, au gadget.