Rien de tel qu'un voyage en Albanie pour se vacciner du consumérisme. C'est du moins ce que croient les deux bobos de Vacance au pays perdu...
Ils ne sont pas légion les romans de cette rentrée qui font rire à ce point! Un rire grinçant, libérateur, qui se moque allègrement du quidam occidental pétri de certitudes et de bons sentiments. C'est exactement ce que sont les deux Français de Vacance au pays perdu, sixième livre décapant de Philippe Ségur (auteur notamment de Poétique de l'égorgeur).
Graphiste spécialisé dans le packaging de produits alimentaires, le narrateur découvre un jour qu'il travaille pour des produits gavés d'antibiotiques, de pesticides, d'hormone de croissance. «J'étais devenu un agent du suicide collectif», réalise ce végétarien, excédé par le consumérisme de ses trois enfants. «Il fallait que je change radicalement de vie. Que je rompe pour de bon avec le système.» Seule solution: prendre la tangente. En Albanie, par exemple, ce «pays des merveilles» coupé de tout, imperméable à la mondialisation. «Un pays sans Eastpak, sans figurines Pixar, sans Nintendo LS Lite.» Notre homme parvient à y entraîner son meilleur ami, et les voici qui s'en vont, tout guillerets, bien décidés à voyager à la dure pour mieux retrouver le goût de la vraie vie, auprès de vraies gens.
Las! ces soi-disant baroudeurs, accrochés à leur carte de crédit comme le pendu à sa corde, ne sont pas au bout de leurs peines: villes désertes, paysages désolés, infrastructures inexistantes, population indifférente... Le périple des deux bobos tourne au cauchemar. D'une plume finement caustique, Philippe Ségur prend un malin plaisir à forcer le trait de leurs infortunes et déconvenues. Renvoyant ses personnages à leur petitesse d'esprit, à leur aliénation matérialiste. Et le lecteur hilare de se demander tout de même si, en fin de compte, il ne rit pas de lui-même...