Sauvons le patrimoine littéraire !
Les éditions Adonis, dont la mission est de "diffuser sous une forme agréable et moderne les Trésors de la littérature romanesque mondiale", se sont associés à l’Organisation Internationale des Pays Francophones (OIF) et à l’UNESCO pour mettre au point un projet de "Sauvegarde et Diffusion du Patrimoine Littéraire Mondial".
De cette collaboration est née la production d’une cinquantaine de bandes dessinées de grande qualité à partir des romans les plus célèbres de la littérature internationale. Pour faciliter l’accès à l'œuvre originale, chaque album dispose d'un CD rom gratuit qui contient le texte original en numérique du livre et sa version audio.
TV5.org vous offre la possibilité de gagner ces albums grâce au concours littérature ! Bonne chance !
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l'actualité
littéraire
Une éducation libertine
Jean-Baptiste Del Amo Edition Gallimard
Encore un premier roman d'une grande maîtrise. Saluons l'auteur: Jean-Baptiste Del Amo a 26 ans, une plume et un ton. Il signe la troublante chronique d'individus à l'humanité vacillante. Une variation sur ces histoires d'ascension sociale que Balzac ou Fitzgerald ont offertes à la littérature. Il y a, d'ailleurs, un peu de Rastignac et de Nick Carraway dans ce Gaspard, héros de Del Amo, précipité dans les tourments de la fin du xviiie siècle. Paris, 1760. Un garçon de ferme marche vers la Seine. Gaspard a fui Quimper et aborde la capitale. Elle est pour lui la promesse d'une vie meilleure. Mais la ville, ténébreuse et dévorante, n'apporte pas mieux à ce jeune ambitieux que le cloaque dont il s'est arraché. Très vite, Gaspard comprend que ce siècle corrompu propose pourtant la possibilité de changer de condition à qui sait manier l'hypocrisie et les mondanités. En se soumettant à l'emprise d'un terrible mentor (le comte de V., mystérieux personnage sans morale ni censure), Gaspard s'extraira de sa fange et s'élèvera vers le monde de la noblesse. Journalier souillé par le limon de la Seine, il deviendra apprenti perruquier, giton dans un bordel et, enfin, amant de très vieux et très fortunés messieurs dépourvus d'héritiers. Imposteur? Peut-être... Au passage, piqué par l'aiguillon de l'humiliation, il aura appris la haine, le dégoût (des autres et de soi), le désir de vengeance. Il réussira. Et chutera. Le destin de Gaspard illustre à merveille ce qu'il advient lorsque, par désir d'arriver, on oublie jusqu'à sa propre humanité. Mais ce qui fascine, ici, ce sont les descriptions des «jupons de misère» dont se pare la ville. Dans ce Paris magistralement décrit, on viole, on tue, on égorge à chaque coin de rue. Dans l'indifférence. Et dans une puanteur inhumaine. Ces odeurs excrémentielles, méphitiques, tiennent le premier rôle et donnent toute sa force à ce roman - par ailleurs trop long. Le tour de force de Jean-Baptiste Del Amo est d'avoir fait des pestilences qui accompagnent chaque instant de la vie de son héros autant de symboles de ce statut qui nous menace tous: l'imposture.
François Busnel
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