L'animateur a connu un terrible accident en 1988. Le début d'un calvaire qui l'a obligé à utiliser la morphine. Il a décidé de tout raconter dans un livre.
A dire la douleur, les mots ne suffisent pas toujours. Sylvain Augier a longtemps hésité. Et puis l'ancien animateur de La Carte aux trésors et de Faut pas rêver s'est lancé. «J'ai voulu raconter le pire obstacle que j'ai rencontré dans ma vie», confie-t-il à L'Express. Pour les autres, pour ceux qui, comme lui, souffrent chaque journée de leur existence, pour ses frères et soeurs en douleur. Car, aujourd'hui encore, à 53 ans, quand il pose le pied par terre, Sylvain Augier ressent toujours «cette brûlure et cette crampe» qui remontent dans sa jambe meurtrie et envahissent son corps.
Tout commence le 24 août 1988. Ce jour-là, dans les Pyrénées, l'animateur de l'émission La Une est à vous (TF 1) subit un terrible accident de parapente. Il s'en sort par miracle. Mais l'un de ses pieds est presque arraché. Augier refuse l'amputation. Pour réparer l'irréparable, ce pied qui n'est presque plus un pied, il subit 15 opérations sous anesthésie générale.
La souffrance envahit sa vie. Il croit y échapper grâce aux médicaments. Un «dealer en blouse blanche» l'approvisionne en Sufenta, une morphine de synthèse extrêmement puissante et interdite hors prescription médicale. «J'ai consommé jusqu'à six ampoules par semaine, raconte Augier, au risque d'un arrêt respiratoire.» Dans le livre, il confie avoir présenté des émissions dans un état second, comme «rongé de l'intérieur».
Mais comment lutter sans recourir au médicament miracle? L'animateur parvient à décrocher du Sufenta. Des psychiatres l'aident à apprendre à vivre avec ce mal obsédant qui, de toute façon, «ne [le] lâchera jamais».
«Avant, c'était presque normal de souffrir»
Dans son cas, la chirurgie a, à ce jour, atteint ses limites. «La douleur est cependant mieux traitée, affirme-t-il. En 1988, on parlait d'"inconfort". C'était presque normal de souffrir, il y avait une résonance judéo-chrétienne.»
En vingt ans, la prise en charge s'est améliorée. A l'hôpital Pasteur de Nice, le Dr Michel Lantéri-Minet dirige un département spécialisé, qui comprend une cellule «psy» composée d'un psychiatre et de deux psychologues. «Tout ne repose pas sur les médicaments, explique le médecin. La douleur chronique, on n'arrive pas à la supprimer totalement. Il n'y a pas d'autre solution que de vivre avec. C'est pour cette raison que la prise en charge psychologique doit être rapide.»
Sylvain Augier l'a compris. En dépit de son effrayante expérience, il a pu continuer sa vie professionnelle, avoir deux enfants. «Cela m'a fait découvrir la puissance incroyable de notre cerveau. Face à l'épreuve, on y arrive. On arrive à être mentalement plus fort, plus grand que sa douleur.»