Entre naturalisme et polar, L'Homme qui marchait sur la Lune, livre-culte de l'Américain Howard McCord, est enfin traduit en français.
C'est sans doute ce qui fait le charme de la littérature américaine vue de Paris: un auteur comme Howard McCord peut être à la fois un poète reconnu et un membre de l'Association des collectionneurs d'armes de l'Ohio, publier dans d'obscures revues de poésie et dans Gun Digest, avoir été marine en Corée et enseigner le creative writing à l'Université. Son premier texte traduit en français, L'Homme qui marchait sur la Lune, livre-culte aux Etats-Unis depuis 1997, se présente d'ailleurs sous la forme d'une quête contemplative tempérée par l'usage - immodéré - du 44 Magnum. La rencontre très réussie entre le nature writing et le polar conspiratif.
La Lune en question, ce sont les montagnes désertes du Nevada, que le mystérieux et frugal William Gasper parcourt inlassablement, quelques flocons d'avoine dans le ventre et, toujours, une vague citation de Schopenhauer à la bouche. Que fuit-il? La civilisation du bruit, des échangeurs d'autoroute et des clips en boucle sur MTV? Son passé de tueur professionnel pour le compte de l'armée américaine, y compris, peut-être, certain jour funeste de novembre 1963 à Dallas? Ou le fantôme de quelque femme aimée? Dans ce bref roman, McCord dépose une à une les pièces d'un puzzle qui dessine le profil escarpé de son William Casper. On gravit la montagne avec lui, on boit en sa compagnie à de maigres filets d'eau, on contemple le ciel étoilé, on goûte son cynisme «survivaliste»... Et puis, soudain, coups de feu dans la sierra et final à la Pulp Fiction. Howard McCord réussit un tour de force: ouvrir une voie entre Thoreau et Tarantino.