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l'actualité littéraire
Ce que nous avons eu de meilleur
Jean-Paul Enthoven
Edition Grasset

Jusqu'ici, franchir la porte de la Zahia était un privilège réservé à quelques jet-setteurs, à des intellectuels afghans ou bosniaques, à des top-modèles et autres VIP. Désormais, grâce à Jean-Paul Enthoven, n'importe quel quidam peut se croire invité dans le riad de Bernard-Henri Lévy à Marrakech.

Ce véritable palais des Mille et Une Nuits est en effet le décor, voire le personnage principal, de son nouveau roman, Ce que nous avons eu de meilleur. Vous avez dit roman? Plutôt une marqueterie de saynètes, de portraits, de confidences, de rêveries. En une noria savamment agencée, on y croise Alain Delon (précédent propriétaire du riad), le fantôme de Marlon Brando (qui y logea), des sirènes hippie-chic ou des couturiers invertis. Et bien sûr Bernard-Henri Lévy, le maître des lieux, rebaptisé Lewis, en référence au roman de Paul Morand Lewis et Irène.

Jean-Paul Sartre et SAS
Car c'est un BHL très morandien que dévoile Jean-Paul Enthoven - l'homme qui, sans doute, le connaît le mieux. A Marrakech, loin des sunlights, le philosophe médiatique, à défaut de tomber complètement le masque, se révèle tel qu'en lui-même, Trimalcion jonglant avec les millions à deux pas de la noire misère, Gatsby de l'ère blingbling entouré de sa cour, flanqué d'une Zelda roucoulante nommée Arielle - ou, dans le roman, Ariane. L'oeil rivé sur son BlackBerry, il se demande, avant d'adopter une posture, ce qu'auraient fait à sa place Jean-Paul Sartre et... Prince Malko, le héros de la série SAS! BHL est bien un personnage de roman, mais d'abord par sa volonté d'arrêter le temps, de prendre la mort de vitesse, quitte à interdire à ses proches et à lui-même de vieillir.

C'est à pas de velours, dans un style souple et nerveux, que Jean-Paul Enthoven nous guide dans le dédale de patios et de terrasses, embaumant la menthe et le jasmin, qui composent la maison de son ami. Tout ici - murmure des fontaines, chatoiement des zelliges, rumeurs des fêtes passées ou présentes - n'est qu'un prétexte à l'introspection. Le jour, JPE sonde son coeur sous forme de questionnaires stend haliens. La nuit, il ouvre sa chambre aux spectres d'anciens occupants, qui lui susurrent leurs «Et in Arcadia ego». Là où Lewis entend figer le temps, son ami Jean-Paul en goûte la délicieuse morsure. Le Maroc, pour lui, ne se réduit pas à des fiestas au son des rythmes gnawas: c'est le Maghreb de son père, un refuge propice, surtout, à une méditation sur le mitan de la vie.

Mais, comme un séducteur ne se refait pas, la Zahia sera aussi le décor d'une liaison fatale avec une Italienne aux yeux de pluie, qui lui en fera voir de toutes les couleurs... Jean-Paul Enthoven retrouve dans des pages passionnées, un brin complaisantes, la veine d'un de ses précédents romans, Aurore. Pour notre part, c'est le styliste de la douceur des choses - celui qui «parle tout bas, si c'est d'amour, au bord des tombes» - qui nous tient sous le charme.

François Dufay
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