Finie la province! Jean-Paul Dubois transporte son héros de la Ville rose aux collines de Los Angeles. A ses risques et périls.
Depuis le temps qu'il tournait autour! Cette fois, il a franchi le pas: Jean-Paul Dubois goes to Hollywood! Avec ces Accommodements raisonnables, le romancier intimiste, prix Femina 2004 pour Une vie française, ne nous livre pas pour autant une histoire glamour - même si l'on est convié, dans le sillage de son héros, scénariste français recruté par la Paramount, à de mémorables parties avec Jack Nicholson ou Nick Nolte. Non, la Californie, ici, ne sert que de contrepoint au délitement souterrain d'une famille toulousaine, avec pour leitmotiv la phrase de Norman Maclean, tirée de La Rivière du sixième jour, qui sert d'exergue au roman: «Ceux avec qui nous vivons, qui nous sont proches et que nous sommes censés connaître le mieux, sont ceux qui nous échappent le plus.»
Un roman trop subtil?
Oui, pourquoi un père, austère partisan de Bayrou, est-il soudain emporté par le démon de midi, sous les dehors d'une secrétaire un peu vulgaire? Pourquoi une épouse abrutie par les antidépresseurs ne pourrait-elle pas reprendre goût au sexe? Et, au fond, pourquoi tromper sa femme avec une militante New Age sous ecstasy? On le voit, un sentiment de culpabilité diffus, attisé par la séparation géographique - très belles descriptions de crépuscules mélancoliques depuis une terrasse de Hollywood - plane sur ce roman.
Comme toujours avec Jean-Paul Dubois, la fluidité du récit - qualité suffisamment rare chez les auteurs français pour le souligner - est totale. Mais, à vouloir exposer en demi-teintes les fils ténus des rapports humains, le romancier risque parfois de perdre son lecteur quelque part entre Toulouse et Los Angeles. Un peu à l'image du titre de son roman, si subtil que l'on a toujours un peu de peine à se le remémorer...