Il est des rencontres envoûtantes. Celle de la jeune Isabelle Jarry, 26 ans en 1987, avec le Pr Théodore Monod (1902-2000), explorateur scientifique inlassable et inclassable, fut de celles-là. A 85 ans, l'extraordinaire chercheur de météorites en quête de l'origine du monde avait gardé toute sa verdeur. Ils nouèrent une belle amitié, ponctuée de nombreuses expéditions dans le désert saharien. Depuis, Isabelle a consacré trois livres à son mentor, jusqu'à ce dernier roman, touchant hommage aux savants aventuriers et à leurs chimères.
C'est sous les traits du botaniste géologue Gabriel Barthomieux que Monod ressuscite. Barbe blanche, mémoire vive, l'octogénaire n'a de cesse de convaincre la jeune photographe Ariane d'écrire un roman sur Alexander Laing. Une obsession que ce major écossais, premier Européen à être entré dans Tombouctou, le 13 août 1826, treize mois après son départ de Tripoli. L'expédition aura été éprouvante, périlleuse (le jeune militaire sera gravement blessé par des Touareg dans le Tanezrouft) et fatale. A peine a-t-il quitté la cité mythique de l'Afrique de l'Ouest qu'il est assassiné, ne laissant derrière lui ni journal, ni relevé, ni croquis, bref aucun des attributs de l'explorateur occidental. Résultat: c'est à son successeur, le Français René Caillié, que reviendra la gloire d'avoir franchi les portes de Tombouctou, en 1828. Une reconnaissance qui donnera lieu à une sérieuse passe d'armes entre les consuls de France et de Grande-Bretagne à Tripoli.
La majesté du désert saharien, propre à la rêverie, au fantasme et à l'ascèse; le «silence criant» de sa nuit, qui met les êtres à vif et abat les murailles... Ce sont bien ces arpents de terre déshéritée les véritables héros de ce roman, reliant, d'un siècle à l'autre, d'une génération à l'autre, tous ces êtres si différents.