Capable du meilleur comme du pire... ainsi se révèle le créateur des Olympiades modernes sous la plume de Daniel Bermond.
Finalement, Pierre de Coubertin (1863-1937) aura bataillé toute sa vie: contre sa propre famille, contre les Etats, contre les fédérations sportives et contre lui-même. Un comble pour cet idéaliste pacifiste, que la passion olympique aveuglera au point d'avouer, en 1935, son admiration pour Hitler. Le maître d'oeuvre des Olympiades de l'ère moderne, secrétaire général du Comité international olympique (CIO) jusqu'en 1925, mourra ruiné et solitaire, au lendemain des JO de Berlin. C'est la trajectoire complexe de cet être non conformiste que retrace Daniel Bermond au long de cette pétillante biographie nourrie des archives familiales.
Des démêlés incessants avec les pays organisateurs
Au-delà de l'homme et de ses multiples contradictions - aristocrate converti à la République, dilettante éclairé puis combattant pugnace, «colonial fanatique» et misogyne en pointe sur les questions d'éducation sportive - on apprend, à la lecture des démêlés du baron et de son «club de gentlemen» avec les pays organisateurs successifs, combien, dès 1896 à Athènes, les Jeux ont été instrumentalisés par le pouvoir politique. Paris (1900), Saint Louis (1904), Londres (1908), puis Stockholm, Anvers, Paris de nouveau... Tous les quatre ans, le même scénario chaotique, controversé, se reproduit, chaque édition tenant du miracle. Quant aux excès de chauvinisme et aux tricheries multiples d'hier, ils feraient presque passer les JO d'aujourd'hui pour d'aimables manifestations de patronage.
Le CIO, on le sait, est devenu une instance internationale adémocratique des plus opaques, réfractaire à toute immixtion. Une lointaine conséquence de la «farouche indépendance» de l'inclassable baron?
A lire aussi: Mémoires de jeunesse, de Pierre de Coubertin, préfacé par Patrick Clastres (Nouveau Monde) et, de ce même Patrick Clastres, Jeux olympiques. Un siècle de passions (les Quatre Chemins).