Quand, devant les nouvelles stratégies des «rebelles», les grandes puissances s'enlisent.
La guerre chirurgicale a disparu, place aux «guerres bâtardes». Après la victoire éclair, l'enlisement. C'est le paradoxe des conflits post- 11 septembre 2001: alors que les moyens de destruction des Occidentaux atteignent des niveaux de sophistication vertigineux, ils glissent sur le rustique bouclier de leurs adversaires. En Afghanistan, en Irak ou au Liban, les «insurgés» s'entêtent à refuser le combat. Avec des armes artisanales, d'un coût dérisoire comparé aux milliards dépensés par leurs assaillants, ces rebelles se sont remarquablement adaptés à la guerre en réseau, formant une constellation de petites cellules sans visage, qui innovent en permanence et privilégient l'action à distance (sabotages, snipers, mines, engins explosifs improvisés, etc.).
En ces temps de révision stratégique pour les armées, il est bon de lire l'essai d'Arnaud de La Grange, grand reporter au Figaro, et de Jean-Marc Balencie, expert dans un cabinet de gestion des risques internationaux, pour comprendre pourquoi le «fort» occidental piétine dans les rues de Falloudja comme sur les pentes de l'Hindu Kuch. Il livre une nouvelle forme de guerre, dite de «quatrième génération» («G4G»), dans laquelle le «faible» n'a de cesse de harceler son ennemi afin de le convaincre de mettre un terme à un combat devenu inutile et coûteux. Selon les auteurs, ces batailles «non gagnées» illustrent une crise de la puissance militaire, en particulier américaine, et sont annonciatrices de grands dangers pour les décennies à venir. «Demain, ce sont d'autres acteurs émergents - au Moyen-Orient ou en Asie - dotés d'autres moyens que les insurgés sunnites irakiens ou taliban, qui développeront les mêmes stratégies de contournement de puissance, mais à un autre niveau», concluent-ils. Inquiétant.