Destination RéussiteCarnet de route TangerLa douce endormie se réveille…Dès la descente de l'avion… l'évidence : Tanger n'est plus la ville que j'avais parcouru il y a dix ans. Il ne reste que l'air marin et moite. Nouvel aéroport, nouvelle route pour gagner la ville et nouvelles banlieues, comme une colonie de champignons. Partout on construit des immeubles pour les marocains modestes venus du sud surtout, pour participer à la croissance du nord marocain. Le chauffeur de taxi n'a qu'une vingtaine d'années mais il n'aime pas le nouveau visage de sa ville. Le Tanger désuet des belles histoires, le Tanger des intrigues, est en train de faire table rase de son passé. La ville est sous les feux de l'actualité et sous le regard des autorités du royaume. Cela explique peut-être les multiples contrôles de police auxquels je suis soumis dès que je sors ma caméra : 5 le premier jour, beaucoup moins ensuite. Le bruit a vite couru qu'un journaliste de TV5 se promenait dans la ville. Nous sommes en plein mois de ramadan, ce qui me complique le travail : aucune activité avant la mi-journée, beaucoup d'endroits fermés. Nombreux sont ceux qui ont rejoint les campagnes ou la famille pour le mois sacré. On sent une certaine tension dans les rues, quelques bagarres. Mais je pensais que les tangérois auraient été plus réticents à être filmés, ce mois là justement. C'est rarement le cas, l'accueil est bon, même meilleur qu'il y a dix ans. Pas de harcèlement, pas de revendeurs de drogues qui s'accrochent. Peut-être le ramadan aussi… C'est une période ou chacun cherche à bien faire avec son prochain. Que reste-t-il du Tanger mythique ? Certainement des boites sulfureuses, quelques ruelles authentiques et qui sentent le danger (mais qui ne font plus que le sentir) dans la casbah, les restes d'un port en eaux trouble, un air salin et une lumière particulière… mais sans doute moins de personnages atypiques et de rencontres du troisième type. Un plaisir simple en revanche ne change pas : celui de prendre son thé à la menthe, le soir en regardant l'activité de la place du Grand Socco. Quelques soient les difficultés d'aujourd'hui, les francophones que j'ai rencontrés ont un point commun : ils s'accrochent et voient leur avenir dans cette ville. Français, Belges, ils ont l'envie de faire bien et de développer le nord du Maroc, à la différence de bon nombre de leurs prédécesseurs (et certains de leurs contemporains) qui avaient plutôt tendance à vampiriser les ressources locales. Le royaume a fait beaucoup pour essayer de leur faciliter la tâche, mais les problèmes restent bien là. La corruption, le clientélisme et l'argent de la drogue. On rapporte que plusieurs trafiquants blanchissent leur argent en investissant dans le commerce et en cassant les prix et les reins des honnêtes gens. La situation s'améliore progressivement, même si ici, travail et relations amicales se mélangent allègrement, ce qui complique parfois beaucoup les choses. Mais tous sont heureux d'avoir choisi Tanger, pour la facilité avec laquelle les relations se nouent avec les marocains. Sans doute aussi pour cette baie ravissante où l'on ne se lasse pas de regarder les levers de soleil. Erwan Braem |
A voir et à revoir |