Les chutes Victoria figurent parmi les chutes d'eau les plus spectaculaires au monde. Situées à la frontière du Zimbabwe et de la Zambie la cataracte formée par le fleuve Zambèze fait plus de 1800 mètres de large à cet endroit. Lorsque le débit maximum est atteint en saison humide, se forme alors le plus grand rideau d'eau au monde sur toute la largeur disponible et il se déverse alors près de 500 millions de litres d'eau par minute d'une hauteur moyenne de 90 mètres ! Toute cette eau s'engouffre alors bruyamment dans une série de gorges creusées dans le basalte créant une brume irisée que l'on peut apercevoir à plus de 20 kilomètres de distance. En amont des chutes, le fleuve, très large se déplace dans une région constituée de sables du Kalahari et comporte plusieurs îles, créant dans le Parc National du Zambèze, un paysage ondulé et marécageux aux abords du fleuve. Une particularité écologique, une "forêt humide", s'est développée autour des chutes, ce fragile écosystème prospérant grâce à la présence perpétuelle d'eau et de vapeur d'eau générée. Dans le parc du Zambèze on a pu compter une trentaine d'espèces de grands mammifères, 400 espèces d'oiseaux, 65 espèces de reptiles et 26 d'amphibiens. Quand aux poissons, les chutes forment une barrière naturelle entre l'amont du fleuve où l'on a répertorié 84 espèces, et l'aval en comptant 39. Classé au patrimoine mondial en 1989, le site des Chutes Victoria (appelé aussi Mosi-Oa-Tunya) à cheval sur les deux pays frontaliers présente un état de conservation satisfaisant, la seule intrusion visible étant un pont routier/ferroviaire qui traverse la deuxième gorge, mais cet édifice est généralement considéré comme bien intégré. Le reste du paysage est intact à l'exception de quelques rares bâtiments comme ceux des douanes ou de gestion de l'électricité fournie par les chutes qui mériteraient d'être mieux intégrés au paysage.

Nous avons eu l'occasion d'apprécier les chutes Victoria et leur environnement sous trois angles totalement différents : notre première approche fut sensationnelle avec un mémorable saut à l'élastique depuis le pont mentionné précédemment. Il est des expériences qui restent gravées dans les mémoires et se jeter d'un pont au dessus du fleuve Zambèze coulant 111 mètres plus bas avec comme arrière décors les chutes Victoria et leur vacarme assourdissant en est certainement une ! Tout aussi énergique mais beaucoup plus humide, le lendemain nous avons parcouru en rafting trente kilomètres du fleuve en aval des chutes. Nous sommes en période de basses eaux, les chutes ne formant pas un rideau d'eau continu sur les 1800 mètres de la cataracte. Le fleuve est en ce moment divisé en une série de bras distincts aboutissant à de nombreuses chutes réparties sur la largeur totale. Le débit n'est alors "que" d'une grosse dizaine de millions de litres par minutes et le caractère énergique du rafting prend tout son sens dans ces conditions on vous l'assure ! Nous sommes 8 par embarcation gonflable, munis de casques, de gilets de sauvetage et de l'indispensable pagaie et il faut toute l'expérience de notre barreur Creto qui travaille sur ce fleuve depuis de nombreuses années pour mener à bien le raft Sur les 30 kilomètres en aval à la rencontre des 23 rapides de la classe 3 a 5 disséminés ! Pour expliquer brièvement un "classe 3" pourrait être défini comme une série de vagues avec des creux d'un bon mètre et peu de chance de retourner l'embarcation, quand un "classe 5" vous propose une marche de 3 mètres de haut agrémentée d'un tourbillon colossal à gauche, de rochers à droite et une probabilité de 80 % de voir un membre de l'équipage passer par dessus bord et autant de retourner le raft ! Sans oublier bien sûr les crocodiles se chauffant sur les rochers des berges, devenant alors la meilleure source de motivation pour remonter rapidement dans le raft après une chute dans l'eau !... quand à l'unique "classe 6" du parcours on le contournera à pied sec, la furie du Zambèze sur des dizaines de mètres insistant à la plus grande modestie ! Il faut noter qu'en période de hautes eaux, le débit monstrueux à proprement parler n'autorise le rafting que sur la seconde moitié de ce parcours, (entre les rapides 11 et 23) la première étant rendue trop dangereuse par les 500 millions de litres/minutes déversés par les chutes !!

Le cadre des chutes Victoria étant tellement exceptionnel, le tourisme y a trouvé un attrait non négligeable et en aval dans les gorges ce sont développées toutes sortes d'activités "à sensations fortes" comme le saut à l'élastique, le rafting, la tyrolienne etc. Il faut avouer que la force déployée par la nature à cet endroit incite à défier ponctuellement les éléments et à dépasser ses propres limites ! Bien sûr les équipes proposant ces activités ne lésinent pas sur les mises en gardes "effrayantes" dans le seul but de faire monter votre taux d'adrénaline et le cocktail avec cet environnement impressionnant est réussi ! Voila une façon finalement bien sympathique d'appréhender le spectacle de la nature et cette journée de rafting nous aura aussi permis d'apprécier la beauté des gorges basaltiques creusées par le fleuve en quelques deux millions d'années, la faune et la flore de ce parc national et même quelques peintures rupestres ornant les falaises lors des petits moments de calme entre les rapides ! Le troisième jour est dédié aux chutes Victoria à proprement parler et nous déambulons paisiblement pendant quelques heures sur le parcours aménagé dans le parc en face de la cataracte à travers la forêt humide. Après les deux journées précédentes riches en sensations, le spectacle offert par cette nature est apprécié à sa juste valeur, on comprend mieux la géographie et la géologie particulières du lieu, on constate impressionnés le travail et la force de l'eau et on comprend alors à juste titre la fascination exercée par ces chutes. Les programmes de conservation mis en oeuvre par le Zimbabwe et la Zambie doivent être considérés comme bons, bien que ce dernier pays ait plus d'efforts semble-t-il à faire en la matière, le parc national de Mosi-Oa-Tunya étant soumis à une plus forte pression agricole pouvant perturber l'écosystème. Heureusement les zones aux abord des chutes sont en grande majorité intactes, les pressions liées à la commercialisation de la zone s'étant heurtées à de vives réticences, ajouté au fait que les villes de Victoria Falls (Zimbabwe) et Livingstone (Zambie) sont suffisamment éloignées des chutes pour ne pas impacter la beauté de ce spectacle naturel.