vendredi 20 janvier 2006
Ville historique de Sukhothai
Par Les Cousins Migrateurs, vendredi 20 janvier 2006 à 02:55 :: Thailande - Ville historique de Sukhothai

Dans l'article précédent nous présentions la ville d'Ayutthaya qui fut la capitale du royaume siamois entre le 14ème et le 18ème siècle. Avant que cette ville ne rayonne, une autre cité, environ deux cent kilomètres plus au nord de la Thaïlande jouissait du titre de capitale d'un état Siamois naissant. Dès le 12ème siècle une population venue de la province du Yunnan dans l'actuelle Chine, s'installa sous le nom de Thaï (les hommes libres) dans les régions septentrionales de l'état Khmer. Un prince Thaï marié à une Khmère se révolta contre le pouvoir central, devint roi sous le titre d'Intradit et créa le royaume de Sukhothai. Rama Kamhend, second fils du premier souverain insuffla un véritable essor à son royaume par ses victoires militaires mais aussi en instaurant l'alphabet cursif siamois et en promulguant le respect de sa religion bouddhiste. Son royaume rayonnait alors sur un territoire grand comme l'actuelle Thaïlande. La dynastie contemporaine du pays doit d'ailleurs son système de monarchie paternaliste à Rama Kamhend. La ville de Sukhothai est devenue célèbre notamment sur le plan architectural car, tributaire de nombreuses et anciennes traditions locales, la ville assimila très rapidement tous ces éléments pour créer un style propre. Les inspirations cinghalaises (de Ceylan, aujourd'hui Sri Lanka) et khmères se retrouvent dans des architectures de briques ornées de décorations en stuc et en bois, et influenceront rapidement tout l'art Thaï. Les influences cinghalaises s'observent par exemple dans les sculptures de Bouddhas au nez long et fin et à la chevelure surmontée d'une flamme, éléments mélangés au style khmère qui, toujours sur les même Bouddhas, entoure la bouche d'une double ligne.

En 1988, l'Unesco classa au patrimoine mondial la ville ancienne de Sukhothai qui se trouve à une dizaine de kilomètres de la ville moderne portant le même nom. C'est une superficie de 70 km² qui est déclarée Parc historique, cependant la modernité avait déjà frappé les lieux car une route bitumée coupe le site en deux ! Le seul mérite de cet axe routier est de pouvoir amener directement les visiteurs au coeur de la vieille ville et c'est encore dans un sawngthaew (une camionnette pick-up aménagée façon taxi pour ceux qui ont raté l'épisode précédent à Ayutthaya) que nous arrivons sur place. La possibilité est offerte contre quelques bahts de louer un vélo pour parcourir le site mais vu l'heure matinale et la relative fraîcheur nous circulerons à pied. Et bien nous en a pris car le site central est peu étendu (un carré de deux kilomètres de coté) et le parcourir à pied permet de juger l'ensemble à un rythme tranquille. Inutile de se presser, les sites sont nombreux mais bien répartis et chacun des ensembles est relativement de petite taille. Détail agréable pour la tranquilité de la visite, peu de vendeurs de souvenirs sont présents sur place et les quelques commerçants ont posé leurs tréteaux uniquement à l'entrée. La plupart des monuments ont été restaurés grâce au soutien de l'Unesco et il est intéressant de noter que quelques logos indiquent au visiteur l'appartenance du lieu au patrimoine mondial. Le plan de sauvegarde inclut également le déplacement des villageois qui s'étaient installés dans les ruines, l'assainissement des plans d'eau et l'exhumation des remparts ont quant à eux, permis de retrouver le plan originel de la ville.

Dès l'entrée sur le site, un étang de grande dimension s'offre à nous. Passons outre le gigantesque ornement moderne posé en son milieu pour les éclairages nocturnes du plan d'eau et qui évoque une fleur de lotus. De nuit et illuminé c'est sûrement charmant mais de jour son énorme silhouette rose bonbon dénote un peu et perturbe le point de vue sur Wat Sa Sri, connu également sous le nom du "monastère de l'étang sacré". Construit sur une île accessible par une passerelle, ce tempe (Wat) classique du style Sukhothai, est rythmé par six rangées de colonnes amenant à un grand Bouddha derrière lequel se trouve un élégant chédi arrondi de style cinghalais c'est à dire en forme de cloche. Le chédi (ou stupa) est un reliquaire renfermant des objets ayant appartenu au Bouddha ou les cendres d'un personnage important, et est un élément généralement à l'origine de la construction d'un wat.

Au sud de Wat Sa Sri se situe Wat Trapang Ngoen un ensemble raffiné disposé autour d'une pièce d'eau dont le chédi abrite des statues de bouddhas debout en ses quatre points cardinaux. Ce chédi classique en bouton de lotus est un élément caractéristique de l'architecture de Sukhothai et se compose d'une flèche conique qui repose sur une base carrée soutenu par un soubassement pyramidal à trois gradins. Au sud-est se dresse le temple le plus grand de l'ensemble central de Sukhothai. Wat Mahathat est également le principal sanctuaire de la ville, ce monastère Bouddhique ayant été fondé par le roi Indradit. L'ensemble de deux cent mètres de coté protégé par un mur et un fossé comportait près de deux cent petits chédis, huit mondops (structure architecturale enchâssant un bouddha) dont deux principaux abritant des bouddhas debout. Le chédi principal à gradins atteste encore une fois les liens entre l'art cinghalais et l'art thaï. Parmi tous les wats visitables de l'ensemble de Sukhothai nous avons remarqué également une construction un peu plus au sud toujours dans le parc central. Wat Sri Sawai était un temple hindouiste Khmer construit au 12ème ou 13ème siècle et qui fut reconverti en wat bouddhiste au 15ème. Les trois prangs, tours-sanctuaires khmères qui symbolisent la demeure des divinités hindouistes sont restaurés avec soin et gardent encore certaines de leurs décorations d'origine.

Les restaurations générales du site sont d'un très bon niveau et sans dénaturer l'ensemble elles ancrent les monuments dans une ère moderne. Le parc est très soigné, des plans de fleurs sont ordonnés, les bassins nettoyés, les arbres taillés au cordeau, les allées bitumées et proprettes révèlent une vraie volonté de présenter Sukhothai au visiteur sous un jour éclatant. Peut-être trop, car parfois découvrir un monument dans une nature laissée plus sauvage "dramatise" agréablement l'ensemble en ajoutant un effet visuel au poids de l'histoire, mais chacun appréciera à sa guise. Dans le même esprit "aménagé et promu pour le visiteur", l'office du tourisme à su redonner souffle à des cérémonies qui marquent la fin de la saison des pluies et qui ont lieu à la pleine lune du mois de décembre. Elles commémorent le Bouddha qui redescendit du mont Méru guidé par des lumières célestes. A cette fin de magnifiques illuminations embrasent Sukhothai et des milliers de coupes tressées en forme de lotus dérivent sur les cours d'eau et sur les étangs.

La journée avance, le soleil passé son zénith cogne méchamment désormais et c'est à l'ombre des arbres du parc que nous circulons maintenant, ou bien nous nous glissons de façade ombragée en façade ombragée pour flâner dans les wats du site. Mais nous n'irons pas visiter les autres temples distants parfois de plusieurs kilomètres. Peut-être faudrait-il y consacrer une autre journée. Sûrement d'ailleurs car le ticket valable un mois permet de prendre son temps pour visiter les ensembles aux alentours. Peut-être que le vélo n'était pas une si mauvaise idée mais le soleil de plomb eut été le même cette après-midi et si nous avions vu finalement plus de temples peut-être en aurions-nous moins profité, ou certainement moins goûté la paisible atmosphère qui règne sur Sukhothai.

