vendredi 12 août 2005
Ville de pierre de Zanzibar
Par Les Cousins Migrateurs, vendredi 12 août 2005 à 12:50 :: Tanzanie - Ville de pierre de Zanzibar

Zanzibar, c'est un peu comme Katmandou, Macao ou Tombouctou : le nom sonne bien et on a l'impression de l'avoir entendu depuis toujours, sans pour autant toujours savoir pour quelles raisons ni sans pouvoir parfois le placer précisément sur une carte. Zanzibar est un archipel qui dépend de la Tanzanie ; son île principale, Unguja en langue swahilie, porte également le nom de Zanzibar ; et pour que la confusion soit totale la ville majeure de cette île est également... Zanzibar!

Sur les quatre jours que nous avons passés sur Unguja, nous en avons consacré deux à la plongée sous-marine au Nord de l'île, où les paysages de sable blanc, de mer turquoise et de petits bungalows en bois bordés d'arbres tropicaux forment le décor de carte postale qui nous entoure. Nos plongées avec les tortues (atteignant près d'un mètre de long) et la rencontre chanceuse d'un requin-baleine (!) nous laisseront des souvenirs fantastiques.

Mais si la géographie de l'île lui donne des allures de petit paradis sur terre, c'est la richesse de son histoire qui fait toute sa spécificité. Elle fut au carrefour d'échanges commerciaux maritimes pendant plusieurs millénaires, atteignant son apogée entre le XIIe et le XVe siècle sous l'ère arabo-ottomane. "Zanzibar" tire d'ailleurs son nom du mot arabo-persan "la côte des noirs". Cette civilisation swahilie, issue de la fusion de plusieurs cultures, fut toutefois troublée par l'arrivée des portugais à la fin du XVe siècle, qui marqua un coup d'arrêt pour l'économie florissante de la région. Les arabes omanais chassèrent les portugais au XVIIe siècle et reprirent les rennes du commerce à Zanzibar.

Au milieu du XIXe siècle l'archipel était le plus grand producteur de clous de girofles au monde ; toutefois les échanges commerciaux les plus intenses étaient beaucoup plus sordides : entre la fin du XVIIIe siècle et celle du XIXe, Zanzibar était effectivement la plaque tournante de la traite d'esclaves pour l'Afrique de l'Est. Nous autres français étions d'ailleurs au rang des meilleurs "clients" : les plantations de canne à sucre des îles françaises de l'océan indien (Réunion, Maurice) en particulier comptaient parmi les destinations principales de ces africains enchaînés que les négociants arabes rapportaient d'aussi loin que du Malawi. On estime qu'entre 10000 et 30000 esclaves passaient chaque année par le marché aux esclaves de Zanzibar dans les années 1860. Les Ottomans, qui avaient signé un traité commercial avec les Britanniques en 1798, durent se résoudre à déclarer illégale la traite des esclaves à Zanzibar à partir de 1873, sous la pression de la Grande Bretagne (où le commerce d'esclaves était interdit depuis 1772) dont les intérêts commerciaux dans l'archipel allaient grandissants. Zanzibar devint protectorat britannique en 1890, puis indépendant en 1963 et enfin rattaché à la Tanzanie en 1964. L'Unesco a classé en 2000 la "ville de pierre" de Zanzibar ("Stone Town" en anglais, au coeur de la ville majeure de l'île) sur la liste du patrimoine mondial pour le témoignage culturel et historique qu'elle comporte et que représentent notamment ses différent styles architecturaux. Ces derniers comprennent des demeures indigènes construites après le départ des portugais par les arabes et les immigrants swahilis venus des régions côtières, des habitations massives omanaises comportant plusieurs étages et de grandes portes en bois sculptées, ainsi que des maisons réalisées par des marchands indiens, au milieu du XIXe siècle. Le dernier développement architectural de la ville est l'oeuvre des britanniques (à partir de 1890) dont le style fut colonialiste mais également inspiré de constructions dérivées de celles d'Istanbul et du Maroc. Une loi de conservation de la zone est entrée en vigueur en 1994, et participe à la protection de ce joyau culturel et architectural qu'est la ville de pierre.

Daniel, notre guide local, nous conduit à la découverte des principaux bâtiments de Stone Town. Nous débutons par l'un des lieux où étaient "entreposés" les esclaves avant d'être vendus et de prendre la mer vers le Moyen Orient ou les îles de l'océan indien. Daniel nous montre une pièce d'à peine 30 m2, basse de plafond, où l'on entassait jusqu'à 70 esclaves pendant deux jours, sans eau ni nourriture et attachés par des chaînes les uns aux autres. Un très grand nombre d'esclaves, nous explique-t-il, mourraient ici même de faim ou de suffocation.

La cathédrale anglicane, quant à elle, commémore l'abolition de l'esclavage. Parmi les autres monuments que nous avons eu la possibilité de visiter, le vieux fort fut construit au XVIIIe siècle et héberge actuellement un centre culturel. Pour l'anecdote, nous nous arrêtons quelques instants devant une grande et belle porte en bois sculptée, entrée d'une maison où naquit en 1946 un certain petit Farookh, qui vécut ensuite en Inde jusqu'à l'âge de 18 ans avant de s'installer en Grande Bretagne et de devenir quelques années plus tard sous le nom de Freddy Mercury le leader d'un des plus célèbres groupes de rock, Queen. Nous consacrons la fin de l'après-midi, toujours avec Daniel, à la découverte des nombreuses plantations qui participent aussi à la célébrité de l'île, les épices : poivre, gingembre, cannelle, clous de girofle, noix de muscade,...

La veille au soir, peu après notre arrivée sur l'île, nous nous promenions avec bonheur dans les ruelles étroites, sombres et pourtant attirantes de la petite ville de pierre. Zanzibar présente une société musulmane et conservative : nous retrouvons les images que nous avions laissées au Moyen Orient : des femmes voilées, des mosquées,... c'est un lieu à part dans cette partie Sub-saharienne de l'Afrique, majoritairement chrétienne. On ne peut rester insensible aux curiosités et aux charmes de cette île, qui nous offre, outre la beauté et la diversité de ses paysages comme de ses constructions, une véritable leçon d'histoire empreinte d'influences africaines, arabes, asiatiques et européennes.

